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06/07/2008

Une rançon sans importance ?

Édito

La Libre  Belgique

Par Michel Konen

Et si, au fond, cela n'avait vraiment aucune importance, ou si peu ? Qu'une rançon de vingt millions de dollars ait été versée ou non ne viendra en tout cas pas gâcher la joie de voir Ingrid Betancourt et ses quatorze compagnons d'infortune libérés après de longues et effroyables années de détention dans une jungle hostile par des hommes sans scrupule.

Dès le premier jour on sentait bien que cette opération mêlant militaires et services secrets, Colombiens, Israéliens, Français, Espagnols et Suisses comportait des aspects mystérieux. L'histoire était un peu trop belle et trop simple. Pas un coup de feu tiré, pas un blessé et, à l'arrivée, la belle princesse sauvée par les preux chevaliers en tenue de camouflage. Le conte aura tenu quarante-huit heures. Mais la fin de l'histoire reste magnifique : 15 personnes ont été tirées de l'enfer et rendues à la vie et à la liberté ! Et c'est cela qui importe. Et ce qui importe plus encore est désormais le sort des centaines d'otages encore détenus par les Farc et dont on se demande ce qu'ils vont devenir. Ces centaines d'hommes et de femmes à qui sont allées les pensées d'Ingrid Betancourt, qui leur a promis de ne pas les oublier et de les sortir des griffes de leurs abominables geôliers.

Ce qui importe, c'est qu'Ingrid Betancourt reprenne le combat politique pour faire, refaire, de "sa" Colombie une vraie démocratie. Et ses premières attitudes et déclarations montrent qu'elle entend bien poursuivre et gagner aussi ce combat-là.

Que le gouvernement colombien, aidé peut-être par d'autres gouvernements - on pense à la France et aux Etats-Unis, notamment - ait soudoyé ceux qui gardaient les otages, que le goût du lucre l'ait emporté sur une idéologie politique macabre et sauvage, est fort bien ainsi. Les armes n'ont pas parlé, le sang n'a pas coulé et les otages ont été sauvés. Que veut-on de plus ? La fin, ici, justifie les moyens.

Pour ceux qui comptaient tirer un bénéfice politique de cette libération, la version "conte de fée" était, évidemment, plus belle et plus édifiante. Il y aura, il y a déjà, des tentatives de récupération de l'événement. En Colombie, évidemment, mais aussi ailleurs. En France en particulier. Le Président Sarkozy a su jusqu'ici trouver la juste mesure et rester digne, comme il convient. On n'en dira pas autant de l'opposition socialiste revancharde et, pour tout dire, lamentable dans le chef de Ségolène Royal