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06/03/2008

Perdre la notion du sens commun

Édito

La Libre Belgique 

Par Michel Konen

Dans notre beau pays tout, décidément, fait eau au moulin lorsqu'il s'agit d'embêter l'adversaire politique. Si cela n'était que bête et méchant, on pourrait encore en rire. Quand cela risque de saper la crédibilité des lois qui règlent la vie économique, on se prend à trembler.

C'est des intérêts notionnels qu'il s'agit. Comme on sait, cette mesure fiscale qui permet aux entreprises de conforter leurs fonds propres et donc de mieux résister à la crise et, par voie de conséquence, de préserver, voire de créer de l'emploi, fait débat. Le gouvernement intérimaire, lors de la discussion budgétaire, a décidé de maintenir telle quelle la loi en vigueur depuis deux ans. Il a prévu de poursuivre activement les fraudeurs qui abuseraient de la loi. Quoi de plus normal !

Les entreprises ont été nombreuses à utiliser ces dispositions pour réduire leur ardoise fiscale. Voilà qui n'a pas plu aux tenants du socialisme planifié version préhistoire. Pour eux, il s'agit là d'abus auxquels il convient de mettre fin. Didier Reynders, père spirituel d'une mesure à laquelle il tient comme à la prunelle de ses yeux, a donc demandé aux contempteurs des intérêts notionnels de lui donner des exemples concrets d'abus.

Un socialiste flamand, atteint manifestement de sérieux troubles de la mémoire - son parti a largement contribué à mettre cette législation en place - a cru trouver l'exemple qui tue.

Cet irresponsable a dénoncé la Banque Nationale de Belgique, société anonyme comme chacun sait. "La BNB, a-t-il dit, a utilisé les intérêts notionnels pour économiser 17 millions d'euros. Et elle n'a pas créé un seul emploi !" Résultat : l'action de la BNB a dû être suspendue à la Bourse de Bruxelles.

Le ministre des Finances a réagi : "Dire qu'appliquer la loi constitue un abus représente un vrai dérapage." Didier Reynders, qui est un homme poli, aurait pu dire : "relève de l'imbécillité".

Les intercommunales, les entreprises publiques n'ont aucune raison de ne pas utiliser les ressources de la loi pour améliorer leurs résultats. C'est leur devoir. Comme ce l'est pour les entreprises privées. Et comme peuvent le faire aussi les particuliers.

Si certains pensent encore que l'emploi se décrète, qu'ils changent la loi. Mais que dans l'intervalle, ils cessent de harceler et d'"insécuriser" les entreprises qui ne font que leur boulot. La situation économique, même en Flandre, est suffisamment fragile.