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13/03/2008

Le ton et la méthode Val Duchesse

EDITORIAL

Ciel Radio

par Michel KONEN

 

 

Nous voilà revenus aux plus beaux jours de l’orange bleue. Par le ton et par la méthode. Le trottoir de la Rue de La Loi a remplacé les grilles de Val Duchesse. Les sans doute futurs partenaires s’invectivent à qui mieux-mieux. Reynders est occupé à retailler un costume de Madame Non à Joëlle Milquet Et au passage à la repeindre en rouge écarlate ne manquant jamais de répéter que le CDH est désormais plus à gauche que le Parti socialiste. Le CDH traite les libéraux d’arrogants dézingueurs. Et ainsi de suite… A l’intérieur, on est sur l’air du « Quand c’est fini ça recommence ». Puisque les négociateurs s’étripent sur le volet socio-économique et en particulier sur le volet fiscal du programme, on parle d’autre chose. Yves Leterme met les sujets qui fâchent au frigo. Il espère pouvoir y revenir en fin de négociations quand d’autres accords auront été engrangés. On ne peut pas dire qu’à Val Duchesse la méthode avait porté ses fruits. Ou alors, on en vient à des propositions surréalistes : les libéraux proposent de ne pas entrer dans les détails. De se contenter de lignes de force que le gouvernement s’engagerait à suivre. Déjà que cette coalition n’accouchera que d’un programme riquiqui, on imagine ce que cela donnerait avec un texte vague à souhait que chacun interprètera à sa guise. Ce serait comme distribuer des armes lourdes à des belligérants. Une embellie pourtant dans le ciel de Leterme : il y aurait un début d’accord sur les vols de nuit à Zaventem. On dit bien un début d’accord. C’est peu mais par les temps qui courent il n’y a pas de petits profits pour Monsieur 800.000 voix. Et dans la coulisse, le leader social-chrétien négocie pour ramener son partenaire de la NV.A à de meilleurs sentiments en les réintégrant dans la majorité. Histoire de rééquilibrer cette majorité et de calmer les appétits ministériels de Reynders Il reste sept jours, tout juste, à Leterme pour arranger les bidons. C’est peu, très peu. Trop peu ?

 

15/02/2008

Yves Leterme indisponible

EDITORIAL

Ciel Radio

par Michel KONEN

 

Yves Leterme a du être hospitalisé d’urgence. Le vice-premier ministre souffre d'une hémorragie interne du système gastro-intestinal. Il restera sous contrôle médical à l’hôpital universitaire de Louvain dans les prochains jours. Pour l’instant, pas de détails sur l’origine de cette hémorragie. Et par conséquent pas de précisions sur la durée de l’absence du vice-premier ministre.

 

L’indisponibilité temporaire d’Yves Leterme tombe au plus mauvais moment. L’homme fort du CD&V est en effet en charge de deux dossiers clé : le budget et la réforme des institutions.

 

 Le budget, le gouvernement est en plein dedans et devrait conclure d’ici une dizaine de jours. Pour les arbitrages, c’est Jo Vandeurzen, l’ancien président du CD&V et actuel ministre de la Justice qui prendra le relais de Leterme. C’est une béquille mais sans doute suffisante pour parer au plus pressé.

 

Le gouvernement s’en est tenu là. Il a surtout voulu confirmer l’agenda actuel et notamment le départ de Guy Verhofstadt à la date prévue, c’est-à-dire le 23 mars prochain. Yves Leterme sera-t-il en mesure de lui succéder à cette date pour former un gouvernement définitif ? Trop tôt pour le dire.

 

Mais les choses s’engagent mal. En effet, au budget va succéder la réforme des institutions. Et Yves Leterme doit piloter l’Octopus et le groupe des sages. Ces groupes de travail peuvent-ils avancer en son absence ? Yves Leterme en a fait « son »dossier et a recueilli 800.000 voix en Flandre sur la promesse d’une nouvelle Belgique. Si son hospitalisation et sa convalescence devaient l’éloigner durablement de la table de négociation le gouvernement, déjà si difficile à mettre en place, souffrirait d’un handicap supplémentaire. L’expérience montre que la mise en œuvre par un homme d’un programme décidé par d’autres conduit au mieux à l’immobilisme, au pire à l’échec.

 

 

13/02/2008

Les singuliers colloques de Leterme

Édito

La Libre Belgique

Par Michel Konen

Au terme de longues et minutieuses investigations, nos confrères du "Standaard" ont reconstitué la face cachée des mois de crise politique. Un travail remarquable à maints égards.

Un volet de l'enquête porte sur le rôle joué par le Palais durant les phases critiques de la négociation. Pratiquement, le lecteur dispose là du verbatim des conversations que le Roi a eues avec les leaders des partis politiques. Ces échanges, tenus en tête-à-tête, relèvent de ce que l'on nomme le "colloque singulier". La tradition veut qu'ils soient couverts par le secret et que nul n'en révèle la teneur.

Et ce n'est qu'en de très rares occasions que cette règle n'a pas été observée et jamais au plus fort d'une crise politique majeure. Le Palais, et les huit mois de crise en témoignent, est, en ces circonstances, le dernier refuge pour des hommes politiques déboussolés, incapables de réaliser entre eux les nécessaires consensus qui peuvent mener à la constitution d'un gouvernement.

Nous sommes là au coeur du pouvoir de la monarchie parlementaire. C'est en ces circonstances que le Roi peut et doit jouer un rôle pour dénouer le noeud gordien de négociations qui s'enlisent. Il choisit les hommes, il leur confie des missions (formateur, informateur, explorateur, démineur...). Au sens quasi philosophique du terme le Roi pratique la maïeutique, cette méthode par laquelle Socrate disait accoucher les esprits des pensées qu'ils contiennent sans le savoir.

C'est à l'issue de ces nombreuses consultations, au cours desquelles il sonde les coeurs et les âmes, que le Roi tente de trouver les convergences qui permettront au pays d'être gouverné.

Pour ce faire, ces conversations doivent se dérouler dans le secret absolu. Quel homme politique irait confier ses aspirations intimes s'il n'avait la garantie que celles-ci ne seront jamais répandues sur la place publique ? Quel homme politique oserait encore prendre des risques si ceux-ci sont exploités contre lui ?

C'est ce secret qu'Yves Leterme - mais pas seulement lui - a trahi. Il, et avec lui tous ceux et celles qui ont raconté par le menu leurs conversations avec le Souverain, met ainsi en péril l'un des rouages essentiels du système politique belge.

Ce n'est pas digne de la part de quelqu'un qui se pose en futur Premier ministre. C'est irresponsable. Qu'il prenne donc Verhofstadt pour modèle : il est le seul à avoir refusé de parler.