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25/06/2008

Sécuritaire, où est la limite ?

EDITORIAL

Ciel Radio

par Michel Konen

 

 

Un Tribunal correctionnel, deux Cours d’appel, deux fois la Cour de cassation. Et on ne sait toujours pas s’il faut considérer ou non  coupables les militants du DHKP-C, mouvement turc d’extrème-gauche ne rejetant pas le terrorisme comme moyen d’action.

 

La cour de Cassation a dit, en cassant leur acquittement, qu’il suffisait que les membres de l’organisation aient eu conscience qu’ils appartenaient à un groupement à visée terroriste pour que l’infraction soit établie. Autrement dit, il n’est nul besoin de commettre un attentat pour qu’il y ait délit, l’appartenance à un groupe ayant cet objectif suffi. L’appartenance à une bande criminelle est donc une infraction en soi.

 

C’est une décision importante et qui tombe à la veille de l’examen par la chambre des mises en accusation du dossier de Sassoye, l’ex-membre des CCC, et consorts. Même s’il apparaît aujourd’hui que les indices retenus contre eux paraissent légers, l’interprétation donnée hier par la cour de cassation pèsera lourd s’il apparaît que des liens concrets existent avec le groupe du « Parti communiste politico-militaire » actuellement jugé pour terrorisme en Italie. Les quelques courriels cryptés échangés par Sassoye et les membres de cette organisation pourraient suffire à établir le délit et donc justifier le maintien en détention de l’ex-CCC et de l’un ou l’autre de ses co-accusés.

 

Dans ce cas, il ne s’agirait plus de délit d’opinion mais bien d’association de malfaiteurs.

 

Mais, ce qui est en jeu aujourd’hui, devant la chambre des mises, c’est bel et bien l’application de la législation anti-terroriste et cette question : jusqu’où faut-il aller dans la politique sécuritaire, à la fois dans la loi et sur le terrain.

 

Le devoir et le droit d’un Etat sont bien de protéger ses citoyens. Nul ne le conteste. Mais où est la limite ?  

 

 

23/06/2008

Charleroi, le manège judiciaire

EDITORIAL

Ciel Radio

par Michel Konen

 

 

Cela ne finira-t-il donc jamais ? A Charleroi, le manège judiciaire ne cesse de tourner, n’épargnant personne. C’est au tour de la commissaire en chef d’occuper la une des journaux. La chef de la police de Charleroi paraît empêtrée dans de bien sales draps. Elle est inculpée de corruption passive dans le dossier de la reconstruction du commissariat de police de Marcinelle en même temps que l’entrepreneur Vandezande déjà inculpé, lui, dans l’affaire du complexe sportif de Jumet.

 

Une nouvelle fois apparaissent des noms déjà connus et en particulier celui de Claude Despiegeleer, ancien échevin aux multiples casseroles judiciaires.

 

Il faut sans doute laisser aux inculpés le bénéfice du doute. Mais cette succession d’affaires, depuis trois ans, montre à quel point la vie politique carolorégienne était gangrenée au plus profond. Le mariage incestueux entre la majorité socialiste de l’époque et le monde des affaires n’aura rien épargné, jusqu’à la probité de la police qui est aujourd’hui mise en cause.

 

Au train où vont les choses, à voir le niveau atteint par la corruption ou le détournement des biens publics au profit des responsables politiques ou administratifs, il faut bien parler de système mafieux.

 

Les gens honnêtes paient un lourd tribu à la suspicion aujourd’hui généralisée sur les dix années de gestion de la bande à Van Cau. On mesure aussi le travail titanesque qui occupe la nouvelle majorité. Il s’agit véritablement de nettoyer les écuries d’Augias. Et chaque tiroir ouvert risque d’apporter son nouveau lot de malversations. Tout doit être revu, de nouvelles procédures doivent être mises en place pour assurer la transparence et rendre à la ville son honneur bafoué.

 

On le redira une nouvelle fois : la justice doit aller au fond, et le plus vite sera le mieux. Pour que Charleroi puisse, enfin, tourner cette page noire de son histoire.

 

 

01/04/2008

Pourquoi parler de Fourniret ?

Édito

La Libre Belgique

Mis en ligne le 01/04/2008

Par Michel Konen

La question fait débat parmi les lecteurs et aussi dans les médias : la presse parle-t-elle trop, et mal du procès Fourniret ? Fallait-il consacrer à cette affaire un tel nombre de pages ? Fallait-il donner les détails des actes commis par ce couple diabolique ?

La Libre a choisi de couvrir et de commenter ce procès pas seulement parce qu'il sort de l'ordinaire mais parce que, croyons-nous, il relève de l'extraordinaire et parce qu'il pose, comme le procès Dutroux en son temps, de graves questions de société. Et qu'il est nécessaire dès lors, sans se complaire dans l'horreur et la perversité des crimes commis, de décrire les choses dans leur totalité. Pour que chacun se fasse son opinion.

Il y a d'abord, s'agissant d'Elisabeth Brichet, cette enquête qui s'étale sur des années et l'admirable volonté de sa maman, Marie-Noëlle Bouzet, de se battre sans répit pour connaître la vérité. Il y a bientôt 12 ans qu'avec les Russo et les Lejeune elle mobilisait l'opinion et faisait descendre dans la rue près de 300 000 Belges : c'était la marche blanche. Une marche qui interpellait toutes les institutions et servait de catharsis à une population entière. Et en particulier notre système judiciaire et policier.

Exemple, la libération conditionnelle. Fourniret, comme Dutroux d'ailleurs, a bénéficié, en France, d'une libération conditionnelle. Condamné pour viol, il a pu bénéficier de cette mesure. Et commettre la série de crimes que l'on sait. Aujourd'hui, les experts estiment que Fourniret n'est pas guérissable. Question : pourquoi, à l'époque, cette perversité n'a-t-elle pas été détectée ? Et si elle l'avait été, quelles mesures fallait-il prendre ? Cette question est aujourd'hui au coeur du débat judiciaire belge. Et elle dépasse, de beaucoup, le problème des peines incompressibles. Au-delà du cas Fourniret il y a l'utilité de la prison, l'application de mesures telles que la castration chimique.

Fourniret, c'est aussi une interpellation européenne. On sait que l'homme a pu se livrer à ses actes odieux, inhumains, parce que la communication des condamnations entre les pays européens n'est pas ce qu'elle devrait, ce qu'elle pourrait être. Depuis les choses se sont améliorées, heureusement. Mais on est encore loin du compte en matière de coopération judiciaire et policière.

C'est tout cela qui fait de Fourniret non pas un exemple, mais un cas exemplatif.

08:01 Publié dans Belgique | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : Justice, Fourniret