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16/11/2008

Ethique et finance mondiale

Édito

Par Michel Konen

 

Les 20 pays les plus riches de la planète sont réunis, ce samedi, à Washington, pour se pencher sur le malade: la finance mondiale. Depuis plusieurs mois, on percevait des symptômes qui faisaient craindre le pire. Il y a six semaines le cancer larvé s’est déclaré. Il s’est révélé d’une virulence rarement vue, il a contaminé, en quelques heures, le corps entier. Rien ne lui a résisté, les établissements bancaires s’effondraient les uns après les autres.

 

"Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés", comme "Les Animaux malades de la peste", si l’on ose cette comparaison avec la fable de la Fontaine. Les médecins - les Etats - ont fait ce qu’ils ont pu, avec les moyens du bord, désemparés, utilisant des traitements qu’ils s’étaient interdits jusque-là: la nationalisation des banques.

Le vent de panique est passé et l’heure est au diagnostic et à la mise au point de traitements appropriés. C’est là que le bât blesse. Tous sont bien conscients qu’à force de laissez-faire les banquiers se sont comportés comme des coureurs cyclistes: ils se sont dopés. Et l’EPO utilisé pour gagner la course à l’argent fou porte le nom de "subprime", commercialisé sous le nom de "produits structurés".

Faute d’agence antidopage performante, les coureurs ont goinfré la dope sans retenue. Et quand la mystification a été découverte, c’était trop tard, le peloton avait explosé.

Et c’est bien de cela qu’il s’agit. Le G20 qui cogite à Washington doit réinventer les règles de la course, imaginer des contrôles, redéfinir des sanctions. Personne ne remet en cause le principe de la course elle-même.

Le système capitaliste est ébranlé, il n’est pas mort. Il n’y a pas d’alternative qui soit présentée autour de la table. Le marché libre restera le moteur qui fait tourner l’économie. Et il faut faire quelque chose. Mais quoi? Car à partir de ce constat les positions divergent.

L’Europe elle-même n’est pas unanime sur les remèdes à mettre en œuvre et, en face, les Anglo-Saxons rechignent à l’idée de réglementer.

L’enjeu est de taille. Il est salutaire que les pays émergents d’Amérique latine et d’Asie soient représentés. Il est dommage que l’Afrique ait été ignorée. On pressent qu’il faudra du temps pour imaginer un nouvel ordre financier mondial. Mais on attend que les dirigeants de ces pays posent un signe fort qui affirme que l’économie et la finance sont au service de l’homme et non l’inverse.

19:35 Publié dans Belgique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : economie, finances, crise, g20

20/10/2008

Des règles pour le siècle à venir

Édito

 

Par Michel Konen

Mis en ligne le 20/10/2008

La crise financière qui secoue le monde signe en quelque sorte la fin véritable du XXe siècle pour la planète financière et bancaire. La course effrénée au profit a eu raison du bon sens et a ouvert la voie au capitalisme dévoyé. L'effondrement brutal des bourses en général et des valeurs financières en particulier montre à suffisance la méfiance profonde qui s'est installée dans l'esprit des gens.

L'atterrissage, il est vrai, est brutal. Le gain en bourse était devenu quelque chose de "normal". Et ceux qui ne s'y livraient pas passaient quasiment pour des simples d'esprit.

Les Etats-Unis, apôtres de la dérégulation forcenée, ont failli : en permettant, en favorisant, une politique aveugle d'endettement des particuliers - les "subprimes"; en permettant, en favorisant, la mise sur le marché de produits "pourris", les produits structurés, qui ont contaminé le monde financier occidental; en se révélant incapables de gérer leurs faillites bancaires - et en particulier celle de Lehman Brothers. Ils ont démontré, par l'absurde, à quel point l'économie de marché doit être encadrée, régulée. Ils ont fini par s'y résoudre, la mort dans l'âme : ils doivent, partiellement, nationaliser les banques pour éviter que le système s'effondre.

L'Europe, emmenée par un Nicolas Sarkozy qui ne cesse d'étonner depuis le début de la crise, est cette fois à la pointe du combat. Au cours de ce week-end, elle a ainsi convaincu Georges Bush Jr de la nécessité de réécrire, de la cave au grenier, les règles de la finance internationale.

La nouvelle bible devra assurer la plus grande transparence, en particulier à propos des "hedge funds", qui gèrent des centaines de milliards de dollars en dehors de tout contrôle, particulièrement lorsqu'ils opèrent au départ des paradis fiscaux. Elle devra éviter, ce qui ne va pas de soi quand le temps est à l'orage, tout retour aux politiques protectionnistes. Dans ce monde globalisé, elle devra associer les pays émergents - la Chine, le Brésil, le Mexique, l'Inde, etc. - aux règles qui seront fixées. Enfin, la réflexion devra porter sur ce que l'on attend des entreprises : des politiques de résultats à très court terme qui incitent les dirigeants à diriger leurs firmes comme s'il s'agissait d'un casino en se remplissant les poches ou bien de véritables politiques entrepreneuriales à moyen et long terme.

11/10/2008

Pour qui la richesse des nations ?

 Editorial

La lIBRE bELGIQUE

Par Michel Konen

Mis en ligne le 11/10/2008

Nul besoin de forcer le trait. Sur les tableaux noirs des bourses du monde entier, les courbes rouges plongent désespérément vers le bas. Le système bancaire implose, la récession mondiale est à nos portes, les Etats et les banques centrales interviennent massivement. Rien n'y fait, la confiance, comme l'argent, s'est évaporé. Sinistre ironie : hier, le discours du Président des Etats-Unis, qui voulait rassurer, a eu pour seul effet d'accélérer le cataclysme boursier.

Le capitalisme vit une de ces crises ravageuses que lui seul peut se payer. Les valeurs, les repères s'effondrent. Les chantres de la globalisation, de la mondialisation, ceux-là même qui ont imposé au monde de bannir toute régulation et tout contrôle sur la finance et l'économie voient aujourd'hui l'édifice se réduire en cendres. Avec un aplomb qui frise l'indécence - on ne renonce pas aux week-ends extravagants à Monaco - ils s'en remettent aux pouvoirs publics pour régler une addition qui donne le vertige. Les montants en jeu sont tels - des trillions de dollars et d'euros - qu'ils en deviennent abstraits !

Les politiques, qui hier encore, affirmaient que les marchés s'autorégulaient, sont à la barre. Et ils mettent en œuvre les recettes qu'ils dénonçaient. Les nationalismes et le chacun pour soi, illusoires bouées de sauvetage, sont revenus en force, y compris dans la maison Europe qui tremble sous les coups de boutoir.

C'est au politique qu'il revient d'innover, de proposer aux opinions démocratiques de nouvelles valeurs. On avait fini par se persuader que l'argent était la mesure de tout, oubliant que le capitalisme n'est qu'un moyen, un instrument et non une doctrine politique.

Le capitalisme est un levier puissant, sans équivalent, pour créer de la richesse. Encore faut-il définir à qui elle doit servir. Le libéralisme, qui est, lui, une doctrine politique, doit répondre sans ambiguïté à cette question s'il veut un avenir. Et l'impudeur affichée des nouveaux milliardaires ne laisse guère de place à l'interrogation.

Il faut espérer qu'il existe aujourd'hui parmi nos dirigeants un Roosevelt, un homme qui voit plus loin, plus juste. Un homme qui saisisse l'occasion de cette crise pour écrire l'histoire. Un homme qui donne à la construction européenne un nouvel élan, un nouvel espoir, une nouvelle force : une Europe faite pour des hommes.