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15/07/2008

Donner du temps au temps

Édito
La Libre Belgique
Par Michel Konen


Les esprits, évidemment, sont encore chauds. La surprise a été grande. Hier, à 20H00, la plupart des acteurs étaient convaincus que l’affaire était dans le sac. Leterme Ier allait passer ce fameux cap du 15 juillet 2008.

C’est avec stupéfaction que les membres du gouvernement apprenaient donc sur le coup de 22H30 qu’il en irait autrement : le Premier ministre faisait chemin vers Laeken pour remettre sa démission entre les mains du Roi. Yves Leterme sacrifiait ainsi les intérêts du pays aux intérêts de son parti et plus particulièrement du cartel qu’il avait enfanté avec la N-VA en 2004.

Passés les premiers moments de stupeurs et de tremblements le jeu politique a repris son cours. Après avoir exprimé les regrets, l’incompréhension, les soutiens de rigueur, chacun s’est appliqué à rejeter sur l’adversaire la responsabilité d’une crise que le pays ils le disent tous ne peut se permettre dans les circonstances économiques actuelles.

Grosso modo, pour les Flamands, en tête desquels le CD&V/N-VA, tout cela est la faute des francophones restés unis sous la houlette de Didier Reynders qui n’ont que deux obsessions : mettre la réforme de l’état au frigo et charcuter la terre flamande pour agrandir Bruxelles.

Côté francophones, on joue un autre air : pour la première fois, disent-ils, la porte était ouverte à une négociation sereine mais le CD&V, aiguillonné par la N-VA, était trop pressé et incapable de sortir de ses oukases électoraux, réclamant tout son programme et rien que son programme pour le 15 juillet.

Tout cela est vrai. Pourquoi, sinon, cette crise larvée aurait-elle duré 13 mois ?
Pas de paroles irréparables cependant : chacun a bien conscience que les mêmes interlocuteurs seront demain autour de la même table pour discuter des mêmes problèmes.

Il convient donc de donner du temps au temps. De laisser les esprits se calmer. D’analyser pourquoi ce tsunami politique s’est produit au moment où on s’y attendait le moins. C’est ce que fait le Roi en réservant sa réponse à propos de la démission apportée par Yves Leterme. Il consulte, largement, les responsables du pays.

Tout est possible demain, y compris le retour d’Yves Leterme.
Seule certitude, la crise doit être la plus courte possible. Le ciel socio-économique vire à l’orage.

Yves Leterme part sans gloire !

Edito

La Libre Belgique

Michel Konen

Mis en ligne le 15/07/2008

Les nerfs d’Yves Leterme ont fini par craquer. Soumis depuis des mois à une intense pression psychologique, affaibli physiquement, le Premier ministre - si peu - n’aura pas supporté qu’Elio Di Rupo rappelle, hier soir, devant les cameras de télévision que c’est le CD&V, le propre parti d’Yves Leterme, qui avait fixé, un peu bêtement, cette date du limite du 15 juillet pour proposer un vaste plan de réforme de l’Etat.

Ce qui est la stricte vérité. Et l’on ne manquera de s’étonner de le voir saisir un aussi minable prétexte pour démissionner de ses responsabilités. On le savait atrabilaire, soupe au lait : on ne le savait pas pétri de cette vanité qui est l’orgueil des faibles. Il est vrai qu’après 13 mois de surplace gouvernemental, Yves Leterme ne pouvait présenter qu’un bilan valant un zéro pointé. Le strict minimum sur le plan socio-économique. Le néant sur le terrain communautaire. Rarement un Premier ministre aura pris autant de temps pour constater son inutilité.Hier pourtant, son initiative d’appeler les Régions et les Communautés à la table des négociations paraissait bien de nature à calmer le jeu et ouvrait, enfin, une possibilité de négocier plus sereinement le nouveau visage de l’Etat belge.

Alors que du côté flamand le gouvernement, tout comme les partis, restaient dans une prudente expectative face à ces propositions, la partie semblait gagnée pour Yves Leterme. Son désormais rival et meilleur ennemi, Kris Peeters, Ministre-président du gouvernement flamand, nageait dans le bonheur face aux caméras de télévision. Il allait enfin pouvoir mettre en oeuvre “sa révolution copernicienne”, faire en sorte que “le fédéral ne soit plus le soleil autour duquel tournent les Régions. Peeters d’un côté, Leterme de l’autre : les deux poids lourds du CD&V semblaient en mesure de mater les récalcitrants de leur parti. Il n’en a rien été.Yves Leterme, Monsieur 800 000 voix, l’homme qui affirmait au soir de son triomphe électoral que “BHV ne demandait que cinq minutes de courage politique”, cet homme-là a jeté l’éponge, vaincu par lui-même d’abord.Durant treize mois il n’a pris aucune initiative, ou si peu, se contentant d’être le notaire de son équipe. Il quitte le navire la tête basse, abandonne son service quand la crise économique est à nos portes.Sire, à quoi bon le retenir ?