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26/11/2008

La situation est grave, mais pas...

Édito 

Par Michel Konen

Les prévisions de l’OCDE (Organisation pour la coopération et le développement économique) viennent de tomber. Elles ne constituent pas une surprise. Mais elles viennent hélas brutalement confirmer ce que chacun pressentait déjà depuis deux mois : les pays industrialisés entrent clairement en récession.

Les commentaires qui accompagnent l’étude de l’organisation internationale sonnent sinistrement : il s’agit de la crise la plus grave depuis le début des années 80.

L’année 2009 sera à marquer d’une pierre noire : le chômage augmentera dans toute la zone de façon importante : l’OCDE table sur huit millions de chômeurs en plus. Et la reprise n’est pas attendue, au mieux, avant le second semestre 2010. Et encore faudrait-il pour cela que les gouvernements prennent les mesures adéquates pour soutenir les économies.

L’OCDE préconise des politiques de relance partout où une marge de manœuvre budgétaire existe. L’Union européenne ne dit rien d’autre. Elle admet qu’il ne faudra pas s’accrocher à des politiques d’orthodoxie budgétaires trop rigides. Taux d’intérêt, baisse de la TVA, tout devra être mis en œuvre pour mener des politiques ciblées de soutien à l’industrie sans oublier les plus défavorisés, pour éviter une crise sociale.

La Belgique apparaît bien démunie. Elle a gaspillé les années de croissance. Le poids de la dette publique reste astronomique. Les deux dernières années ont été calamiteuses pour le budget d’un Etat qui n’était plus, ou si peu, gouverné. Avec ou sans crise, le budget est en déficit depuis 2007. Celui de 2009, avant que la crise n’éclate, n’était pas encore écrit qu’il était déjà obsolète. Le sauvetage des banques n’a jamais fait que creuser un déficit déjà avéré.

Ce qui est grave, c’est que ce déficit-là était parfaitement évitable, moyennant un peu de courage politique, denrée rare s’il en est à l’approche d’une échéance électorale.

Aujourd’hui qu’un déficit budgétaire pourrait se justifier au profit d’une politique de l’emploi pour traverser la crise, le pays se retrouve tout nu. Car comment peut-on espérer qu’à un dérapage incontrôlé en période normale succède un virage finement négocié pour sortir de crise ?

La situation est grave mais peut-être désespérée !

12:27 Publié dans Belgique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : politique, crise, budget

15/10/2008

Budget, parce qu'il le faut bien !

Édito

Mis en ligne le 15/10/2008

Par Michel Konen

Les doutes que l'on pouvait avoir sur le sérieux du budget présenté hier à la Chambre sont largement confirmés : le gouvernement nous vend du vent.

Au terme d'un discours soporifique, Yves Leterme, qui a multiplié les expressions du genre "les temps sont durs" et appelé à la rescousse "la crise financière et bancaire sans précédent", et même le "terrorisme international" qui menace, a conclu qu'en "bon père de famille" il présentait un budget en équilibre. Ah, si seulement c'était vrai !

Disons que la présentation faite par le Premier ministre d'un équilibre budgétaire souffre d'une vision platonicienne des choses : il a un caractère purement idéal, théorique, sans effet concret. Il a la couleur d'un budget en équilibre, le goût d'un budget en équilibre, mais n'est pas un budget en équilibre !

A dire vrai, dès potron-minet, sur les antennes de la RTBF, Sabine Laruelle, ministre des PME chargée de porter la bonne parole à l'issue d'une nuit blanche, psalmodiait d'une voix lasse, comme on le lui avait sans doute recommandé, que le budget était en équilibre. Puis, dans la foulée, d'un ton beaucoup plus convaincant, énumérait toutes les raisons pour lesquelles cet équilibre ne serait pas respecté. Quant à Melchior Wathelet Jr, secrétaire d'Etat au Budget, il était lui aussi résigné au micro de la radio, avouant que si le chiffre de 1,2 pc de croissance avait été retenu c'était parce qu'il fallait bien en retenir un à un moment donné. Même si l'on savait d'ores et déjà que le chiffre était largement surévalué.

Quant au président du Parti socialiste, Elio Di Rupo, il avouait sans détours qu'il avait fallu, pas moins, "éviter une crise politique".

C'est peu de chose que relever que l'enthousiasme n'est pas au rendez-vous. Et que ce budget n'est, dans le fond, que le fruit de la nécessité. Un budget parce qu'il le faut bien ! Politiquement impossible d'ajouter à la crise financière une crise politique ouverte qui, en Belgique, est sous-jacente depuis seize mois.

2008, déjà, sera en déficit. Il en ira de même pour 2009. Personne ne croit un instant que le contrôle budgétaire, qui coïncidera avec le début de la campagne électorale pour les européennes et les régionales, sera sérieux.

Le gouvernement se félicite aujourd'hui d'être, parmi les pays européens, l'un des seuls à présenter un budget en équilibre. Peut-être est-il aussi l'un des seuls à prendre ses rêves pour des réalités.

12:54 Publié dans Belgique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, budget, leterme

14/10/2008

Budget, un équilibre très virtuel

Édito

Mis en ligne le 14/10/2008

Par Michel Konen

Il faut le leur reconnaître : Yves Leterme et Didier Reynders ont brillamment dirigé la manœuvre pendant la tempête boursière. Sans doute tout n'est pas parfait et il se trouve des actionnaires - de Fortis - pour se plaindre, peut-être à bon droit, du traitement qui leur a été réservé. Les tribunaux trancheront là-dessus. En attendant, même si le pays se trouve dépouillé de centres de décisions importants, l'essentiel paraît avoir été préservé : le système bancaire belge ne s'est pas écroulé. Le gouvernement a agi avec rapidité, imagination et détermination.

Les grandes manœuvres financières internationales laissent désormais un peu de temps à nos ministres pour s'occuper des gros sous de l'Etat. On pouvait espérer que nos gouvernants feraient montre des mêmes qualités dans l'élaboration du budget 2009 que de celles déployées dans le sauvetage des banques. Il faut déchanter.

Les milliards trouvés pour aider les institutions financières ont, fallait-il en douter ?, réveiller les appétits et les discours limite populistes. Du genre : si l'on a trouvé des sous pour les "riches" on en trouvera bien pour les plus démunis. Entendez allons-y pour un déficit budgétaire qui soutiendra la consommation et maintiendra le pouvoir d'achat.

Deux rappels sont nécessaires.

Un : le but de l'intervention du gouvernement dans le dossier bancaire est de préserver les petits épargnants, avant les actionnaires. La catastrophe, si elle avait eu lieu, aurait évaporé le pouvoir d'achat de centaines de milliers de Belges de condition modeste.

Deux : faut-il que nous ayons la mémoire courte pour oublier ce à quoi une politique de déficit budgétaire censée soutenir la consommation et l'emploi a conduit au début des années '70 et '80 ? A un déficit abyssal des finances publiques, que nous payons très chèrement toujours aujourd'hui. Plaider pour un déficit relève de l'irresponsabilité politique. Et la proximité des élections - huit mois à peine - n'incite pas au courage, hélas !

A l'heure d'écrire ces lignes, le gouvernement retient une croissance économique de 1,2 pc, dont chacun sait qu'elle est illusoire. Il se prépare à présenter un budget que l'on peut d'ores et déjà qualifier de virtuel. Comme la bulle financière qui vient d'éclater.

Le laxisme budgétaire est celui qui pénalise le plus durement et le plus longtemps les revenus les plus faibles. Comme les sinistres "subprimes".

08:01 Publié dans Belgique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : politique, budget