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09/04/2008

A Pékin, malgré tout !

EDITORIAL

Ciel Radio

par Michel KONEN

 

La flamme olympique poursuivra donc son tour du monde. Ainsi en a décidé, sans surprise, le Comité exécutif du Comité international olympique. Ni les incidents de Londres, ni le chaos de Paris pas plus que les prévisibles désordres de San Francisco n’ont ébranlé le CIO dans sa détermination.

 

En Belgique, le gouvernement devrait, ce mercredi, prendre attitude sur ce dossier. Des ministres se sont déjà exprimés individuellement à ce sujet. Les uns, comme Didier Reynders , sont plutôt favorables à laisser peser la menace d’un boycott de la cérémonie d’ouverture, d’autres, comme Karel De Gucht ou Elio Di Rupo y sont opposés. La décision sera d‘autant plus difficile à prendre qu’au niveau européen, c’est le moins qu’on puisse dire, la cacophonie est de règle.

 

A suivre son bon cœur, pourtant, la décision paraît simple et évidente : les politiques doivent boycotter les Jeux. A Y regarder de plus près il ne faudrait pas que le remède soit pire que le mal.

 

Ceci, d’abord : il faut reconnaître que l’ouverture de la Chine au commerce mondial et l’introduction de l’économie de marché ont eu pour effet de sortir une large part de la population de la pauvreté, y compris au Tibet ; que, de même, les droits de l’homme, toujours bafoués certes, ont progressé si l’on compare la situation existant sous le régime communiste pur et dur ; que la seule présence des Jeux, et la polémique qui l’entoure, mettent la pression sur les gouvernants de l’empire du milieu pour progresser sur la voie des libertés.

 

La mise à l’index de la Chine pourrait aboutir à un repli sur soi de ce pays-continent : personne, et surtout pas la population chinoise n’aurait à y gagner.

 

Finalement, le seul boycott efficace serait le boycott commercial mais, de celui-là, personne ne veut parce que, les choses étant ce qu’elles sont, une telle attitude provoquerait une crise économique mondiale.

 

Dès lors, la meilleure stratégie est, au contraire, d’être présent en masse à Pékin au côté du peuple chinois ET de faire savoir au pouvoir en place que des progrès démocratiques sont nécessaires. Ce n’est pas l’attitude la plus facile, mais c’est sans doute la plus efficace face à un pays qui sera, qu’on le veuille ou non, le pays phare des cinquante années à venir.

 

 

26/03/2008

Boycott ou pas boycott ?

Editorial

Ciel Radio

par Michel Konen

 

 

Boycott ou pas boycott ? La question des jeux de Pékin est désormais ouverte. Après la spectaculaire intervention de Reporter sans frontière lors de la cérémonie de la flamme à Olympie ce week-end, le débat fait rage. Les hommes politiques, le président français Nicolas Sarkozy en tête, posent ouvertement la question. Le président du Comité international olympique, le belge Jacques Rogge, se voit violemment reprocher son apparente passivité et se fait traiter de Ponce Pilate.

 

Voilà donc la Chine rattrapée par la question Tibétaine et plus généralement par ses viols à grande échelle des droits de l’homme.

 

La question est aujourd’hui purement politique. Le CIO , qui se dit préoccupé, campe sur sa position : nous sommes une institution sportive et non une organisation politique, affirme-t-il. Le CIO se dit convaincu que les jeux contribueront à des progrès en Chine, y compris dans le domaine des droits de l’homme. On ne peut lui donner tort. La manière dont les autorités chinoises appliquent les droits de l’homme, la question Tibétaine était connue il y a six ans déjà lors de l’attribution des jeux à la ville de Pékin. Et il faut bien reconnaître que sans la présence des Jeux dans la capitale chinoise ces questions se verraient sans doute traitées aujourd’hui avec la même indifférence qu’alors. L’agitation autour des jeux est donc, déjà, une victoire en soi.

 

La balle est clairement dans le camp des politiques. Interdire la présence des athlètes aux jeux ne résoudrait rien et risquerait au contraire d’alourdir la chape de plomb. Les athlètes et la forte présence médiatique qui en découle sont des moyens de pression puissants dont il serait stupide de se priver.

 

L’action la plus pertinente semble être aujourd’hui le refus par les représentants politique occidentaux d’être présents aux cérémonies officielles. C’est à eux qu’il appartient de signifier, fortement et visiblement, aux autorités chinoises que les opportunités économiques  ne peuvent occulter les obligations de droits de l’homme. La Chine, super-puissance émergente, a les moyens de rejoindre, grâce aux jeux ou à cause des jeux, le concert des nations démocratiques.

 

 

03/10/2007

Le boycott, est-il l'arme fatale ?

Editorial

La Libre Belgique


Par Michel Konen

Les appels au boycott des produits de la société pétrolière française Total dans les pays occidentaux ont-ils un sens ? La mise à l'index de Total peut-elle avoir une efficacité ?

Bonne question, quand on sait que dix années de sanctions économiques et financières européennes et américaines à l'égard de la junte Birmane sont restées sans effet. La junte continue à s'enrichir scandaleusement et le peuple à s'appauvrir dramatiquement.

La société Total pèse d'un poids déterminant dans l'économie birmane. Une cessation de ses activités en Birmanie mettrait sans doute la junte sous pression. A tout le moins, Total pourrait intervenir pour infléchir la dictature vers un meilleur traitement du peuple birman.

En Belgique, le collectif "Action Pétrole en Birmanie", depuis 1999 a lancé un mot d'ordre de boycott des produits Total. Sans effet apparent jusqu'à présent.

Mais aujourd'hui que la Birmanie est à nouveau sous les feux meurtriers de l'actualité, la situation pourrait changer. On voit les pouvoirs publics étudier la manière d'écarter la société des listes de fournisseurs. Un tribunal belge pourrait être amené à se prononcer sur les activités du groupe pétrolier en Birmanie qui est accusé de crime contre l'humanité.

Et puis il y a les citoyens ! Nike a dû céder sur la question du travail des enfants. Shell n'a pas résisté au boycott massif de ses produits en Allemagne et dans les pays scandinaves alors qu'il était accusé de pollution par Greenpeace.

Les entreprises ne sont pas seulement obsédées par les volumes de vente. Elles le sont aussi par leur image de marque, par leur responsabilité sociale qu'elles se plaisent tant, de nos jours, à mettre en avant. Un appel au boycott peut être directement sanctionné par les marchés financiers, mettant les dirigeants en difficulté face à des actionnaires mécontents !

Encore faut-il pour cela que les consommateurs réagissent individuellement et suivent les appels aux boycotts. Ce qui n'est pas gagné d'avance. Car il faut bien le constater, le consommateur est un acteur économique avant d'être un acteur politique. Chacun, au nom des bons sentiments, peut souhaiter qu'une action réussisse, de là à y participer... Surtout quand le réservoir est vide et que la seule pompe en vue a pour emblème un rond multicolore !