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18/09/2008

Responsable mais pas coupable ?

Édito

Par Michel Konen

Entendons-nous bien : il ne s'agit pas ici de prendre parti pour l'un ou pour l'autre des protagonistes mis en cause, à savoir le ministre de l'Intérieur Patrick Dewael ou le commissaire général de la Police fédérale Fernand Koekelberg. Le jugement que l'on peut faire à ce stade, alors que l'affaire est loin encore d'avoir trouvé son épilogue, tient en un mot : lamentable.

S'il est un dossier qui méritait d'être instruit avec sérénité et sérieux, c'est bien celui qui met en cause, à tort ou à raison, les actes du commissaire général, plus haute autorité policière du royaume. En lieu de quoi on assiste, depuis plusieurs jours, a de véritables campagnes de désinformation et de manipulation des médias, de fuites - partielles et partiales - à propos des enquêtes en cours, de courriers échangés entre les parties.

On ne peut que recommander à nos lecteurs de lire l'intégrale des rapports du Comité de contrôle des services de police (disponibles sur notre site www.lalibre.be), le Comité P, afin de se faire une idée précise des éléments du dossier.

Sans ambiguïté, si l'enquête à venir démontre qu'il y a eu des erreurs, des fautes ou des faux, il faut que les coupables soient punis à la juste mesure des actes posés. Policiers, fonctionnaires, cabinettards, évidemment. Mais aussi, il ne faudrait pas l'oublier, le responsable politique, c'est-à-dire le ministre lui-même. Certains passages du rapport du Comité P laissent à penser que Patrick Dewael a un peu rapidement renvoyé la patate chaude à ses subordonnés. Le Comité P constate en effet que "en réponse à des questions parlementaires (NdlR : dès novembre 2007) le ministre a toujours défendu la construction (NdlR : la nomination des deux secrétaires) et déclaré qu'il avait vérifié la légalité et la forme".

Et Patrick Dewael d'avouer aujourd'hui que, faisant confiance, il ne savait pas au juste - ce qui reste à démontrer - ce qu'il signait. Responsable mais pas coupable !, selon la célèbre formule.

Johan Vande Lanotte et Stefaan De Clerck, tous deux ministres à l'époque de l'évasion de Dutroux, avaient tiré d'autres conclusions de l'incident survenu.

Nous avions déjà un responsable qui signait des contrats en anglais pour la F1 sans les comprendre. Nous avons aujourd'hui un ministre qui signe des textes sans les lire. Quel pays.

15/09/2008

La mauvaise gouvernance a la peau dure

 Édito

Mis en ligne le 15/09/2008

Par Michel Konen

Voilà une affaire d'un genre qu'on croyait appartenir au passé. Nous a-t-on saoulé, ces dernières années, avec ces notions de bonne gouvernance, ces promesses de nominations objectives, ces recrutements par cabinets privés - hors de prix, cela va sans dire - pour dépolitiser les nominations, ces procédures et contrôles divers qui empêcheraient que l'ensemble du pays ne soit la réplique, en grand, du système si souvent dénoncé et qui a longtemps prévalu à Charleroi.

La Flandre, vertueuse, ne cessait de montrer la Wallonie du doigt. La mise hors circuit de Rudy Aernoudt, ex-chef de cabinet du ministère des Affaires économiques du gouvernement flamand, avait montré il y a quelques mois que le nord du pays n'était pas épargné par le népotisme et l'affairisme politiques.

Et c'est à présent au tour du gouvernement fédéral d'être mis sur la sellette. Avec un dossier qui n'a pas fini de faire des vagues : l'affaire Koekelberg. Le commissaire général, le grand patron de la police intégrée, est au centre de la tourmente. Il est accusé d'avoir abusé de sa position pour accorder des passe-droits, évincer des agents. C'est du moins ce qui transpire depuis des semaines dans la presse. Et pour faire bonne mesure, histoire de discréditer l'homme, les indiscrétions laissaient entendre des "promotions canapés".

Le Comité P, commissionné pour enquêter, va remettre son rapport au Parlement. De ce que l'on en sait (voir nos informations en page 5), l'affaire est d'une toute autre nature.

Et deux questions, deux hypothèses se présentent.

Un : la campagne de dénigrement à l'égard du commissaire général Fernand Koekelberg ne vise-t-elle pas d'abord à éliminer le seul francophone présent au plus haut niveau de la police fédérale ? La manoeuvre, pour perverse et abjecte qu'elle soit, ne peut, hélas, être écartée.

Deux : la campagne de dénigrement à l'égard du commissaire général Fernand Koekelberg ne vise-t-elle pas d'abord à masquer les insuffisances et les manquements du cabinet du ministre de l'Intérieur, Patrick Dewael ? Ce n'est pas la première fois que le politique, pour pervers et abject que soit le procédé, ferait sauter un fusible pour dissimuler ses propres errements.

Dans les deux cas, nous nageons dans la mal gouvernance. La lumière, toute la lumière, doit être faite. C'est une question de démocratie.

24/06/2008

Carrousel judiciaire au Pays noir

Édito

La Libre Belgique

Mis en ligne le 24/06/2008

Par Michel Konen

A Charleroi, le manège judiciaire n'en finit pas de tourner. Depuis trois ans maintenant - trois longues années qui ont dû paraître interminables à la population toute entière - Charleroi est stigmatisée mois après mois. Plus que jamais la capitale du Pays noir fait figure de symbole de la mal-gouvernance, de société gangrenée par le mariage incestueux de la politique et du monde des affaires.

Cette fois, ce n'est pas seulement l'administration ou les cabinets politiques qui sont visés par la justice. C'est la police elle-même qui est dans le collimateur. Et au plus haut niveau puisque c'est rien moins que la tête du bras armé du pouvoir judiciaire qui se retrouve sous les feux de l'actualité. La commissaire en chef de la zone de police de Charleroi a été inculpée de corruption passive dans l'affaire de la reconstruction du commissariat de Marcinelle.

Politiques, affairistes, policiers soupçonnés : jamais Charleroi n'a autant mérité la comparaison avec le Chicago des années trente. C'est toute une société sur laquelle pèse la suspicion de corruption.

Aux côtés de l'entrepreneur Vandenzande, inculpé, lui, de corruption active et déjà épinglé dans le dossier du centre sportif de Jumet, on voit réapparaître des personnages qui ont défrayé la chronique au cours des années passées et notamment celui de Claude Despiegeleer. Ceux que l'on retrouve dans ce nouveau scandale sont les anciens de la bande à Jean-Claude Van Cauwenberghe, toujours ignoré de la justice à l'heure actuelle.

Aujourd'hui, la nouvelle majorité ne sait où donner de la tête pour redresser l'image de la ville. On hésite, à Charleroi, à ouvrir un tiroir tant on craint d'y découvrir de nouvelles turpitudes. Tout, absolument tout, doit être remis sur le métier. Il faut changer les mentalités dans l'administration, revoir les procédures de nomination et celles d'attribution des marchés publics pour assurer une totale transparence, réinventer une éthique de la politique. En somme il s'agit de nettoyer en profondeur les écuries d'Augias. Car ceux qui suivent de près ces affaires assurent que le travail de la Justice n'est pas terminé et que d'autres dossiers vont apparaître dans les mois à venir.

Il faut espérer que la Justice agira dans la sérénité indispensable mais avec célérité. Car chaque nouvelle affaire remet sous l'eau la tête d'une ville qui veut revivre.