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01/04/2008

Pourquoi parler de Fourniret ?

Édito

La Libre Belgique

Mis en ligne le 01/04/2008

Par Michel Konen

La question fait débat parmi les lecteurs et aussi dans les médias : la presse parle-t-elle trop, et mal du procès Fourniret ? Fallait-il consacrer à cette affaire un tel nombre de pages ? Fallait-il donner les détails des actes commis par ce couple diabolique ?

La Libre a choisi de couvrir et de commenter ce procès pas seulement parce qu'il sort de l'ordinaire mais parce que, croyons-nous, il relève de l'extraordinaire et parce qu'il pose, comme le procès Dutroux en son temps, de graves questions de société. Et qu'il est nécessaire dès lors, sans se complaire dans l'horreur et la perversité des crimes commis, de décrire les choses dans leur totalité. Pour que chacun se fasse son opinion.

Il y a d'abord, s'agissant d'Elisabeth Brichet, cette enquête qui s'étale sur des années et l'admirable volonté de sa maman, Marie-Noëlle Bouzet, de se battre sans répit pour connaître la vérité. Il y a bientôt 12 ans qu'avec les Russo et les Lejeune elle mobilisait l'opinion et faisait descendre dans la rue près de 300 000 Belges : c'était la marche blanche. Une marche qui interpellait toutes les institutions et servait de catharsis à une population entière. Et en particulier notre système judiciaire et policier.

Exemple, la libération conditionnelle. Fourniret, comme Dutroux d'ailleurs, a bénéficié, en France, d'une libération conditionnelle. Condamné pour viol, il a pu bénéficier de cette mesure. Et commettre la série de crimes que l'on sait. Aujourd'hui, les experts estiment que Fourniret n'est pas guérissable. Question : pourquoi, à l'époque, cette perversité n'a-t-elle pas été détectée ? Et si elle l'avait été, quelles mesures fallait-il prendre ? Cette question est aujourd'hui au coeur du débat judiciaire belge. Et elle dépasse, de beaucoup, le problème des peines incompressibles. Au-delà du cas Fourniret il y a l'utilité de la prison, l'application de mesures telles que la castration chimique.

Fourniret, c'est aussi une interpellation européenne. On sait que l'homme a pu se livrer à ses actes odieux, inhumains, parce que la communication des condamnations entre les pays européens n'est pas ce qu'elle devrait, ce qu'elle pourrait être. Depuis les choses se sont améliorées, heureusement. Mais on est encore loin du compte en matière de coopération judiciaire et policière.

C'est tout cela qui fait de Fourniret non pas un exemple, mais un cas exemplatif.

08:01 Publié dans Belgique | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : Justice, Fourniret

27/03/2008

Fourniret : pour le meilleur et pour le pire

EDITORIAL

Ciel Radio

par Michel KONEN

 

Michel Fourniret et Monique Olivier ont rendez-vous aujourd’hui avec leurs juges. Un procès qui, a bien des égards, fait songer à celui de Marc Dutroux, tant ces deux-là ont l’air d’être quelconques, tant ces deux-là passent inaperçus dans une foule, tant ces deux-là ont l’air « normal », si l’on peut dire, des monstres « ordinaires ».

 

Similitude encore par les victimes : des jeunes filles, des enfants sans défense torturés, violés jusqu’à la mort. Sans pitié. Sans aucun remord. 

 

Analogie enfin par l’apparente et totale indifférence au sort des fillettes et de leurs parents, aux souffrances indicibles qu’ils ont provoquées. Comme Dutroux, Fourniret et Olivier se comportent comme des victimes de la société et nous accusent, tous, d’être responsables de ce qui leur arrive.

 

Ce qui inquiète et interpelle dans l’apparente normalité de ce couple diabolique c’est qu’elle laisse totalement désemparées celles qui ont échappé aux griffes des accusés, les familles des jeunes filles qui sont mortes, la société toute entière, à dire vrai.

 

Chacun attend et appréhende le face-à-face. La vérité judiciaire suffira-t-elle à conduire à un verdict réparateur ? Plus qu’une condamnation, qui ne fait aucun doute, ce procès permettra-t-il seulement de comprendre les noirs ressorts de l’âme humaine ? Ce procès donnera-t-il des clefs pour éviter que les monstres soient parmi nous ?

 

Les membres du jury, des monsieur et madame tout le monde, auront, une nouvelle fois, en même temps que les juges, la lourde tache de représenter la société, de juger sans haine et sans passion. De dire à ces deux monstres-là que malgré leurs crimes odieux ils font partie de l’humanité. Pour le meilleur et pour le pire.