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03/10/2007

Le boycott, est-il l'arme fatale ?

Editorial

La Libre Belgique


Par Michel Konen

Les appels au boycott des produits de la société pétrolière française Total dans les pays occidentaux ont-ils un sens ? La mise à l'index de Total peut-elle avoir une efficacité ?

Bonne question, quand on sait que dix années de sanctions économiques et financières européennes et américaines à l'égard de la junte Birmane sont restées sans effet. La junte continue à s'enrichir scandaleusement et le peuple à s'appauvrir dramatiquement.

La société Total pèse d'un poids déterminant dans l'économie birmane. Une cessation de ses activités en Birmanie mettrait sans doute la junte sous pression. A tout le moins, Total pourrait intervenir pour infléchir la dictature vers un meilleur traitement du peuple birman.

En Belgique, le collectif "Action Pétrole en Birmanie", depuis 1999 a lancé un mot d'ordre de boycott des produits Total. Sans effet apparent jusqu'à présent.

Mais aujourd'hui que la Birmanie est à nouveau sous les feux meurtriers de l'actualité, la situation pourrait changer. On voit les pouvoirs publics étudier la manière d'écarter la société des listes de fournisseurs. Un tribunal belge pourrait être amené à se prononcer sur les activités du groupe pétrolier en Birmanie qui est accusé de crime contre l'humanité.

Et puis il y a les citoyens ! Nike a dû céder sur la question du travail des enfants. Shell n'a pas résisté au boycott massif de ses produits en Allemagne et dans les pays scandinaves alors qu'il était accusé de pollution par Greenpeace.

Les entreprises ne sont pas seulement obsédées par les volumes de vente. Elles le sont aussi par leur image de marque, par leur responsabilité sociale qu'elles se plaisent tant, de nos jours, à mettre en avant. Un appel au boycott peut être directement sanctionné par les marchés financiers, mettant les dirigeants en difficulté face à des actionnaires mécontents !

Encore faut-il pour cela que les consommateurs réagissent individuellement et suivent les appels aux boycotts. Ce qui n'est pas gagné d'avance. Car il faut bien le constater, le consommateur est un acteur économique avant d'être un acteur politique. Chacun, au nom des bons sentiments, peut souhaiter qu'une action réussisse, de là à y participer... Surtout quand le réservoir est vide et que la seule pompe en vue a pour emblème un rond multicolore !

Birmanie, le boycott Total ?

EDITO

Ciel Radio

 

Michel Konen 

 

La procédure judiciaire contre la société pétrolière française Total, pour complicité de crime contre l’humanité dans ses activités en Birmanie, a été relancée devant les tribunaux belges. Une trentaine de communes belges sont engagées dans un boycott des produits d’entreprises actives en Birmanie. Le ministre belge de l’environnement étudie la possibilité de mettre un terme au contrat qui lie les autorités au groupe pétrolier français. Jamais la stratégie du boycott commercial à des fins éthiques n’a autant été débattue qu’aujourd’hui, dans notre pays. Si le pétrolier français est dans la ligne de mire, c’est parce que son poids dans l’économie birmane est censé lui permettre d’exercer une pression maximale sur la junte birmane et amener les militaires à desserrer les liens sanglants de la répression. Mais un tel boycott est-il efficace ? Les sanctions économiques à l’encontre de la junte existent depuis dix ans et n’ont eu pour effet que de jeter la Birmanie dans l’orbite de la Chine sans vraiment améliorer le sort des populations. Alors Total peut-il réussir là où les états ont échoué ? C’est un pari qui n’est pas gagné d’avance. Mais pas perdu non plus. Encore faut-il que le mouvement de boycott fasse trembler le géant pétrolier. Est-ce possible ? Le Boycott des produits sud-africains, au bout de longues années, a porté ses fruits ; Nike a fini par céder et a imposé des conditions de productions plus respectueuses en matière de travail des enfants à ses fournisseurs ; le pétrolier Shell, face au boycott de ses produits sur les marchés allemands et scandinaves, a capitulé face aux accusations de pollution lancées à son encontre par Greenpeace. Si les sociétés internationales sont aujourd’hui sensibles aux mouvements de boycott ce n’est pas seulement parce que leurs volumes de vente risque de diminuer. C’est parce que leur image de marque est en jeu. C’est parce que cette mise à l’index de l’éthique internationale risque de faire baisser les cours des actions et mécontenter les actionnaires. C’est en cela qu’aujourd’hui le consommateur ne joue plus seulement un rôle économique mais aussi politique et éthique.

26/09/2007

Bruits de bottes à Rangoon

Edito Ciel radio 26.09.07 

Un vent de liberté souffle sur la Birmanie. Depuis une semaine des images nous viennent de Rangoon : des bonzes, par centaines, d’abord, par milliers ensuite, par dizaine de milliers aujourd’hui défilent, dans leur robe safran dans les rues cadenassées par la junte militaire. Dans leur sillage ils entraînent des milliers de citoyens birmans.

Les manifestations contre la brutale augmentation du coût de la vie ont pris désormais une tournure politique : réconciliation nationale, libération des prisonniers politiques sont scandés par les mégaphones. Pour la première fois depuis 2003, la Prix Nobel de la paix, Aung Suu Kyi, assignée à domicile, a pu faire une apparition publique, apportant son soutien à la contestation. Les militaires, qui quadrillent le pays, semblent avoir été pris de court. Les moines bouddhistes, immensément populaires en Birmanie, semblent bien décidés à poursuivre leur mouvement de révolution non-violente. La junte militaire qui jusqu’ici avait choisi de laisser faire vient de durcir le ton. Elle a envoyé la troupe dans la rue et menacé les moines de mesures de rétorsion. Mais la crise a peut-être atteint un point de non-retour. Les Occidentaux mettent cette fois les militaires en garde. Les Etats-Unis dénoncent le régime brutal. La Chine – qui veut préserver son image à l’aube de l’ère olympique – la Chine, allié fidèle de la junte a fait savoir qu’elle souhaitait un règlement pacifique de la crise. Depuis 2O ans, la diplomatie internationale ne s’est pas illustrée par le courage dans le dossier birman. C’est l’heure pour elle de se réveiller et d’empêcher que ne se renouvelle la tragédie de 1988 : la répression des manifestations pour la démocratie avait fait 3.000 morts. Les temps changent dit-on. On veut espérer qu’ils changent dans le bon sens.

15:08 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Birmanie