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27/06/2008

La médaille d'or de la lâcheté

Édito

La Libre Belgique

Mis en ligne le 26/06/2008

Par Michel Konen

Là, pour faire fort, ils ont fait fort. Très fort même ! Ils obtiendront, sans aucun doute, la médaille d'or dans la discipline. Cela tombe bien, c'est précisément de Pékin et des Jeux olympiques qu'il sera question ici.

J'emprunte à "Apologie de la lâcheté" de Diogène - qui anime le site Démocratie directe (www.ddfrance.com) - la définition suivante : "A ce niveau (NdlR. : la politique), la lâcheté est un culte !... Il est indispensable de posséder, à un haut degré, deux qualités primordiales : le mensonge et la dissimulation, et une qualité supplétive : l'opportunisme, ou autrement dit, une grande aptitude à la trahison."

Eh bien tout y est ! Le mensonge et la dissimulation ? Yves Leterme, le cachottier, avait soigneusement caché à ses petits camarades ministres qu'il se rendrait à Pékin. A titre privé, à titre de supporter, à titre de tout ce que vous voudrez mais pas à titre officiel. D'ailleurs il paierait de sa poche. Enfin presque : il est invité par le Comité olympique et interfédéral belge. Mais pas en tant que Premier ministre, non, songez donc !, en tant, sans doute, que citoyen lambda. Un peu comme s'il avait gagné à la tombola du COIB.

L'opportunisme ? On sait Karel De Gucht prompt à faire la leçon au monde entier en matière de droits de l'homme. Enfin, à presque le monde entier. La Chine, n'est-ce pas, c'est tout de même autre chose que le Congo. Aussi avait-il quitté son costume de matamore pour enfiler celui plus consensuel de coupeur de rubans pour inaugurer la monumentale statue strebellienne léguée par la Belgique aux amis de la République populaire de Chine. "Business as usual !", comme on dit.

Restait à trancher cette question. La Belgique devait-elle être représentée officiellement à la cérémonie d'ouverture des Jeux ? Sans aucun doute oui. Parce que, malgré l'opération de propagande du gouvernement chinois, cette manifestation planétaire, par les rencontres qu'elle provoquera entre Chinois et habitants du monde, fera progresser les droits de l'homme. Parce que tout en restant ferme sur cette question, un gouvernement n'a pas à se comporter comme une ONG.

Et notre Leterme Ier d'inventer un signal fort, comme aiment à dire les diplomates. Un tour de passe-passe, oui ! Le Prince Philippe ira. Mais seul. Sans aucun ministre à ses côtés.

Le Prince assumera, lui. Les Chinois y gagnent au change.

26/06/2008

Pékin, le Prince Philipe, seul !

EDITORIAL

Ciel Radio

par Michel Konen

 

 

Dans la course à l’hypocrisie, le gouvernement Leterme remportera sans nul doute la médaille d’or. Au terme d’un de ces compromis qui n’appartiennent qu’à notre pays Leterme Ier a donc décidé d’envoyer le Prince Philippe à la cérémonie d’ouverture des jeux de Pékin. Mais il ira seul. Tout seul.

 

Le cynisme étant à la mode ces temps-ci, le ministre des Affaires étrangères Karel De Gucht précise que le Prince, contrairement au Roi, n’a pas besoin d’être couvert par un ministre. Tout juste s’il ne va pas nous dire qu’il s’agit d’une initiative personnelle du Prince. Cette formule serait, paraît-il, un « geste fort »  pour marquer les réserves de la Belgique par rapport à la politique des droits de l’homme en Chine. L’homme qui parle haut et fort au Congo avait pourtant observé un pesant silence lors de l’inauguration, il y a un mois, de la monumentale statue offerte par la Belgique à la ville de Pékin.

 

Un Etat n’est pas une ONG. Et si l’on attend de la Belgique quelle reste ferme sur les droits de l’homme bafoués en Chine ou ailleurs, on attend aussi qu’elle défende ses intérêts  dans un pays qui, chaque jour, prend de plus en plus d’importance sur l’échiquier politique et économique mondial. La croissance économique et l’ouverture de la Chine au commerce mondial conduisent - lentement, trop lentement, mais sûrement - chaque jour un peu plus ce pays à se démocratiser. Il n’y a donc aucune raison de boycotter les JO qui seront une autre occasion de faire progresser les libertés dans l’empire du Milieu. En se défaussant lâchement sur le Prince, Leterme Ier n’assume pas ses responsabilités.

 

Le Prince Philipe seul, donc !

 

Ah non. Yves Leterme en sera aussi. Mais à titre privé. Comme supporter. Un rôle qu’il sait tenir, celui-là. A titre tellement personnel que sa présence à Pékin ne coûtera pas un sou au budget de l’Etat. Ce n’est pas qu’il y va de sa cassette personnelle : il est invité par le Comité olympique et interfédéral belge. Pas comme Premier ministre, évidemment. Comme un simple vainqueur de tombola, sans doute !

 

Quand on veut faire dans le minable, pas de doute, nous sommes imbattables.

 

Le Prince, seul, pour représenter le pays. Et le citoyen Leterme, seul, pour son propre plaisir.

 

La médaille d’or, je vous dis !

 

 

25/06/2008

Sécuritaire, où est la limite ?

EDITORIAL

Ciel Radio

par Michel Konen

 

 

Un Tribunal correctionnel, deux Cours d’appel, deux fois la Cour de cassation. Et on ne sait toujours pas s’il faut considérer ou non  coupables les militants du DHKP-C, mouvement turc d’extrème-gauche ne rejetant pas le terrorisme comme moyen d’action.

 

La cour de Cassation a dit, en cassant leur acquittement, qu’il suffisait que les membres de l’organisation aient eu conscience qu’ils appartenaient à un groupement à visée terroriste pour que l’infraction soit établie. Autrement dit, il n’est nul besoin de commettre un attentat pour qu’il y ait délit, l’appartenance à un groupe ayant cet objectif suffi. L’appartenance à une bande criminelle est donc une infraction en soi.

 

C’est une décision importante et qui tombe à la veille de l’examen par la chambre des mises en accusation du dossier de Sassoye, l’ex-membre des CCC, et consorts. Même s’il apparaît aujourd’hui que les indices retenus contre eux paraissent légers, l’interprétation donnée hier par la cour de cassation pèsera lourd s’il apparaît que des liens concrets existent avec le groupe du « Parti communiste politico-militaire » actuellement jugé pour terrorisme en Italie. Les quelques courriels cryptés échangés par Sassoye et les membres de cette organisation pourraient suffire à établir le délit et donc justifier le maintien en détention de l’ex-CCC et de l’un ou l’autre de ses co-accusés.

 

Dans ce cas, il ne s’agirait plus de délit d’opinion mais bien d’association de malfaiteurs.

 

Mais, ce qui est en jeu aujourd’hui, devant la chambre des mises, c’est bel et bien l’application de la législation anti-terroriste et cette question : jusqu’où faut-il aller dans la politique sécuritaire, à la fois dans la loi et sur le terrain.

 

Le devoir et le droit d’un Etat sont bien de protéger ses citoyens. Nul ne le conteste. Mais où est la limite ?