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24/09/2007

La maison Belgique en chantier

Édito

Par Michel Konen

L'explorateur, donc, explore toujours. Ce lundi, pour la quatrième fois, il se rendra chez le Roi pour rendre compte de sa mission. Et, selon toute vraisemblance, il recevra mandat pour la poursuivre. Le parcours vers l'orange bleue est certes "sinueux", pour reprendre l'expression de Pieter De Crem, poids lourd du CD&V.

Sinueux et même escarpé, pourrait-on ajouter. Mais, du moins aux yeux d'Herman Rompuy, un chemin existe, quelque part, dans la jungle. Si les "peut-être futurs partenaires" paraissent d'accord pour poursuivre l'aventure actuelle, il n'en reste pas moins que le pays tout entier attend des signes tangibles des progrès enregistrés. Et, pour commencer, une réunion publique, quadripartite des négociateurs qui ne se sont plus vus, du moins officiellement, depuis plus de trois semaines. Les points de fixation restent institutionnels : aller de l'avant vite et fort, comme le réclament les Flamands ou au contraire refuser l'approfondissement de la régionalisation tous azimuts comme le clament les francophones ? Telle est l'équation à résoudre pour l'explorateur. Il sait que le grand soir institutionnel ne sera pas au rendez-vous, cette fois. Mais chacun doit savoir, particulièrement côté francophone, que ce ne sera que partie remise. Le compromis qui résultera de l'orange bleue ou de n'importe quelle autre coalition, ne sera pas de nature à apaiser les tensions communautaires.

Le texte "Manifeste du printemps" que "La Libre Belgique" publie aujourd'hui (pp. 4-5) est significatif à cet égard. Ses rédacteurs, des noms qui comptent dans le paysage flamand, affirment que la Belgique a encore une valeur ajoutée, qu'ils ne sont pas séparatistes. Mais ils affirment aussi que ne pas entendre les revendications du nord du pays est le meilleur moyen d'aboutir à la scission de la Belgique.

Face à ce programme, les francophones qui agissent en ordre dispersé, qui n'ont pas de vision d'un destin commun sont, aujourd'hui, désemparés.

C'est dire que l'initiative de Marie Arena, la ministre-Présidente de l'exécutif de la Communauté française vient à son heure. Les francophones n'ont que trop tardé. S'ils veulent un futur, à eux de le déterminer. Il n'y a pas d'autres voies pour négocier avec la Flandre un avenir pour la Belgique.

Le spectacle donné ce week-end sur les plateaux de télévision n'incite guère à l'optimisme. Allons messieurs, il est temps de se reprendre. La maison Belgique est en chantier.

18/09/2007

Cent jours, quatre hommes !

Édito 18/09/07

Donc l'explorateur explore ! Il est au milieu de la jungle. Il essaye de comprendre quelles sont les revendications des tribus en présence. Il y a, évidemment, des questions de territoires. Il y a aussi - mais est-ce différent ? - des questions qui portent sur la manière d'administrer la justice, de garantir aux anciens des moyens de subsistance, de techniques de production, etc.

La situation reste très délicate. Voilà cent jours tout juste que les discussions ont été entamées entre les clans et la graine de l'orange bleue, réputée très difficile à cultiver, n'a toujours pu être plantée.

Les efforts, pourtant, n'ont pas été ménagés. Au début, il y a eu un informateur, qui a vu tout le monde, et plus encore. Après, un super-démineur a tenté de déblayer le terrain. Puis un formateur, issu de la principale tribu nordiste, a voulu jouer les hommes providentiels. Raté : il a été perçu comme voulant s'approprier la récolte à venir.

Le Roi, alors, a cherché un nouveau Stanley : Herman Van Rompuy a donc repris le travail à zéro.

L'explorateur, depuis, travaille dans le silence. Il écoute, il consulte, il explore, il engrange.

Depuis bientôt quatre semaines qu'il a entamé sa mission de pacification, les choses ont, enfin, évolué. Les chefs des quatre tribus, ce n'est pas rien, se taisent dans toutes les langues. Ce qui est bon signe. L'explorateur a approché d'autres clans - verts, rouges - pour tâter le terrain. Il s'est fait rabrouer.

Restent donc les bleus et les oranges. Avec un problème chez les oranges du Nord. Ils se sont alliés à une tribu irrédentiste - la NV.A - qui a des exigences territoriales qui font problèmes. C'est à cela que Van Rompuy s'attache : faire comprendre, aux uns et aux autres, que le Grand Soir n'est pas au rendez-vous. Ni pour ceux qui rêvaient de la réforme définitive, ni pour ceux qui pensaient que rien ne changerait.

L'explorateur reste la meilleure chance de voir l'orange bleue éclore. Paradoxalement, c'est au sein de sa propre famille qu'il doit aujourd'hui porter la bonne parole. Il lui faut convaincre la NV-A, qui fait de la résistance, que la mathématique parlementaire ne lui permet pas de réaliser les objectifs promis aux seuls Flamands. Le CD & V a commencé, pour sa part, à comprendre. Yves Leterme, mais oui ! sait que 800 000 voix recueillies en Flandre ne font pas un Premier ministre "naturel" du pays.

L'explorateur a bien travaillé. Il lui reste à aboutir. Et le temps presse !

11/09/2007

Cherche Belgique désepérément...

Édito du 10/09/2007

Un trimestre, trois mois, 93 jours. Depuis le 10 juin 2007, date des élections, jusqu'à aujourd'hui, 10 septembre, le temps semble avoir suspendu son vol.

D'informateur en démineur, de formateur en explorateur, le pays politique reste figé.

Ces trois mois immobiles ont pourtant été instructifs. Ils ont révélé le fossé qui sépare désormais les Flamands des francophones.

Les moins exigeants, au nord, réclament le confédéralisme : tous les pouvoirs aux Régions et un Etat fédéral croupion. Les autres se situent clairement dans la voie séparatiste ou indépendantiste.

Au sud du pays, c'est le sauve-qui-peut général et dans le désordre. La seule réponse francophone aux exigences flamandes est de dire non. C'est un peu court, trop court.

Ce que les 93 jours passés ont révélé c'est l'impréparation des francophones face à une Flandre qui, à tort ou à raison, pense, comme le disait crûment Yves Leterme avant les élections, que la Belgique n'a plus de valeur ajoutée.

La Flandre veut prendre son destin en main. Les francophones ont peur de se retrouver face à leur destin.

Le constat est cruel et amer. Il illustre pourtant ce fait politique majeur : les francophones n'ont pas vu venir les revendications flamandes ou, pour le moins, n'ont jamais imaginé qu'elles prendraient de telles proportions. C'est une faute, une grande faute !

La coalition orange bleue, si elle voit le jour, ne sera sans doute pas celle qui mènera au grand soir institutionnel. Les francophones gardent les moyens, cette fois-ci, de bloquer la marche de la Flandre. Mais c'est la dernière fois.

La Belgique a rendez-vous avec l'histoire : si pas cette fois-ci, du moins dans quatre ans. Au plus tard !

Ce que la crise actuelle a révélé, c'est que Flamands, Bruxellois et Wallons ne se connaissent plus; qu'ils n'ont plus de projets communs pour faire exister la Belgique. Pas un pays au monde ne peut résister, à long terme, à des volontés si divergentes en matière d'organisation de l'état.

Les citoyens, du nord comme du sud ont le droit de savoir, clairement, quel est l'agenda des partis politiques. Au nord comme au sud, les citoyens doivent être mis en position de choisir leur destin. Les choses sont plus claires côté flamand, elles sont obscures côté francophone.

Nous n'échapperons pas au débat. Il convient dès à présent de préparer notre futur.