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18/07/2008

Leterme, le retour de la demi-portion

Édito

La Libre Belgique

Par Michel KONEN

Mis en ligne le 18/07/2008

La vie politique belge est toujours pleine de surprise. Et l'on peut faire confiance à nos hommes politiques pour trouver des solutions aux problèmes apparemment insolubles.

La vie politique belge est toujours pleine de surprise. Et l'on peut faire confiance à nos hommes politiques pour trouver des solutions aux problèmes apparemment insolubles.

Dans la présente crise l'équation soumise au Roi avait les apparences d'un noeud gordien, inextricable. Comment faire se parler des gens qui n'ont plus envie de se voir ?

On le sait, la situation économique et sociale intérieure et mondiale pèse lourd, très lourd. Pas question de s'enfoncer dans une crise qui laisse le pays sans conducteur. D'un autre côté, les problèmes communautaires étant ce qu'ils sont, le gouvernement belge se retrouvait pétrifié avec, face-à-face, des hommes et des femmes installés dans des camps retranchés.

Il n'existe aucun bon scénario pour sortir de cette crise. Il n'en existe que de moins mauvais. Durant toute cette semaine, des dizaines d'hypothèses ont été testées, des ballons d'essai ont été lancés. Le Roi a très largement consulté. Hier, en cours de soirée, alors que les derniers détails étaient encore en cours de négociation, le Roi attendait Yves Leterme pour le confirmer dans ses fonctions. Leterme I bis est donc sur les rails.

Mais c'est un Leterme en quelque sorte amputé qui revient au 16 rue de La Loi. Le Premier ministre, en effet, aura pour unique tâche de prendre en charge les dossiers socio-économiques. On sait que le gouvernement avait réussi à se mettre d'accord sur cette matière. Ainsi, les projets de soutien au pouvoir d'achat, notamment, pourront être mis en oeuvre. Pour rappel, c'est le seul volet de l'action gouvernementale qu'Yves Leterme, en treize mois, ait réussi à maîtriser. C'est ici qu'intervient le "génie" belge. Le volet communautaire est momentanément retiré à Leterme et au gouvernement. Il est confié à trois sages francophones (de Donnéa, Langendries et Lambertz) qui devront, dans un temps relativement bref, remettre un rapport sur une méthode, un agenda et un contenu de réforme de l'Etat. Pourquoi des francophones uniquement ? Parce que le CD&V/N-VA considère que c'est aux francophones qu'il appartient de démontrer leur volonté d'aller de l'avant.

Si ce n'est pas de la grande plomberie politique, çà, on n'y connaît plus rien !

Albert II, lui, en dénouant le fil de cette crise, s'est offert, ma foi, un très joli cadeau pour la Fête nationale.

17/07/2008

La Belgique, toile de Pénélope

Édito

Mis en ligne le 17/07/2008

Par Michel Konen

La Libre Belgique

La Belgique de papa à vécu."

En 1970, Gaston Eyskens, Premier ministre, enterrait ainsi, et la formule allait faire fortune, 140 années d'état unitaire.

 

Ce 14 juillet 2008, jour de la fête nationale française, restera dans les mémoires belges comme celui de l'évaporation du concept de Belgique pays du "fédéralisme d'union", si cher à Wilfried Martens. Il fallut près de 20 ans pour le mettre en oeuvre. Il n'aura pas eu l'occasion de fêter ses 20 printemps.

Le temps, décidément, accélère sa course. Et les produits modernes s'usent plus rapidement que les fabrications d'antan, en tout cas en matière de plomberie institutionnelle.

Il n'est plus temps de ravauder le coutil belge. Il faut remettre l'ouvrage sur le métier. La Belgique est comme la toile de Pénélope : on y travaille sans cesse mais on ne la termine jamais.

Les mots à la mode aujourd'hui ? Fédéralisme abouti, confédéralisme, séparatisme,... En vérité la Belgique invente des concepts originaux sans équivalent dans le monde. Ce que l'on sait aujourd'hui avec certitude c'est que le modèle politique actuel a donné tout ce qu'il pouvait et qu'il ne permet plus la pratique du bien vivre ensemble.

La Flandre veut gérer son propre destin. Dans une Belgique croupion si c'est possible, sans la Belgique si nécessaire. A tort ou à raison, elle croit qu'elle volera plus haut et plus vite. Elle veut tout et tout de suite.

Depuis plus d'un an, cette volonté a rendu l'architecture institutionnelle caduque : le pays n'est plus gouverné, la Belgique n'est plus gouvernable.

Les francophones doivent se faire une raison : il faut aller à la table des négociations. Avec détermination et sans peur. Les discussions seront longues et âpres. Mais elles peuvent être fertiles aussi dès lors que naîtra la volonté de se bâtir un avenir.

Pour l'heure le premier enjeu, stratégique, sera de savoir qui parlera avec qui.

Les Flamands, qui n'ont jamais mis en oeuvre la Région flamande, veulent un dialogue à deux, de communauté à communauté. Avec une Région bruxelloise vassalisée.

Les Wallons et les Bruxellois, les francophones donc, veulent que les trois régions soient autour de la table, à égalité de droits.

Pour dresser la table il faudra d'abord connaître le nombre de convives.

15/07/2008

Donner du temps au temps

Édito
La Libre Belgique
Par Michel Konen


Les esprits, évidemment, sont encore chauds. La surprise a été grande. Hier, à 20H00, la plupart des acteurs étaient convaincus que l’affaire était dans le sac. Leterme Ier allait passer ce fameux cap du 15 juillet 2008.

C’est avec stupéfaction que les membres du gouvernement apprenaient donc sur le coup de 22H30 qu’il en irait autrement : le Premier ministre faisait chemin vers Laeken pour remettre sa démission entre les mains du Roi. Yves Leterme sacrifiait ainsi les intérêts du pays aux intérêts de son parti et plus particulièrement du cartel qu’il avait enfanté avec la N-VA en 2004.

Passés les premiers moments de stupeurs et de tremblements le jeu politique a repris son cours. Après avoir exprimé les regrets, l’incompréhension, les soutiens de rigueur, chacun s’est appliqué à rejeter sur l’adversaire la responsabilité d’une crise que le pays ils le disent tous ne peut se permettre dans les circonstances économiques actuelles.

Grosso modo, pour les Flamands, en tête desquels le CD&V/N-VA, tout cela est la faute des francophones restés unis sous la houlette de Didier Reynders qui n’ont que deux obsessions : mettre la réforme de l’état au frigo et charcuter la terre flamande pour agrandir Bruxelles.

Côté francophones, on joue un autre air : pour la première fois, disent-ils, la porte était ouverte à une négociation sereine mais le CD&V, aiguillonné par la N-VA, était trop pressé et incapable de sortir de ses oukases électoraux, réclamant tout son programme et rien que son programme pour le 15 juillet.

Tout cela est vrai. Pourquoi, sinon, cette crise larvée aurait-elle duré 13 mois ?
Pas de paroles irréparables cependant : chacun a bien conscience que les mêmes interlocuteurs seront demain autour de la même table pour discuter des mêmes problèmes.

Il convient donc de donner du temps au temps. De laisser les esprits se calmer. D’analyser pourquoi ce tsunami politique s’est produit au moment où on s’y attendait le moins. C’est ce que fait le Roi en réservant sa réponse à propos de la démission apportée par Yves Leterme. Il consulte, largement, les responsables du pays.

Tout est possible demain, y compris le retour d’Yves Leterme.
Seule certitude, la crise doit être la plus courte possible. Le ciel socio-économique vire à l’orage.