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30/08/2007

Les choses sérieuses commencent

EDITO

Explorer : parcourir un pays mal connu en l'étudiant avec soin. La définition du Petit Robert convient à merveille pour qualifier la mission que le Roi a confiée à Herman Van Rompuy, CD & V de choc.

Les quelques jours de flottement puis de consultations menées par Albert II auront au moins servi à quatre choses : donner du temps au temps et donc permettre aux esprits de se calmer, de prendre la température politique auprès des grands anciens (et au passage d'avoir l'avis des socialistes et des écolos, puisque Leterme ne l'avait pas fait), de consulter l'indispensable Dehaene sans froisser personne et, enfin, de laisser le CD&V/NV-A se livrer à sa propre auscultation.

C'est l'un des acquis de la semaine écoulée : il apparaît désormais clairement que la responsabilité du blocage de la négociation est à imputer au cartel social-chrétien-nationaliste flamand et à son formateur. Quoi de plus naturel, dès lors, qu'un de ses membres prenne la responsabilité de relancer la machine à négocier.

Le Roi, cette fois, a visé haut : il a choisi un homme rompu depuis des années à chercher les compromis, à trouver les ouvertures, à réaliser les synthèses. Il a suivi les cours du meilleur atelier de plomberie institutionnelle : celui de Jean-Luc Dehaene.

Revenons-y à Dehaene et à sa note - dont on se dit décidément qu'il est suffisamment madré pour dissimuler derrière une apparente maladresse une réelle volonté de la rendre publique - qui ouvre la possibilité d'avancer. Dehaene y relève cette évidence : il est impossible de faire entrer deux litres d'eau dans une bouteille d'un litre. Autrement dit : il est impossible pour un gouvernement ne disposant que d'une majorité simple de faire un programme nécessitant une majorité des deux tiers. Il faut donc découpler l'action socio-économique du gouvernement des exigences institutionnelles. Et Dehaene de s'interroger, dans cette note, sur l'attitude de la NV-A, dans cette hypothèse.

Ainsi apparaît avec évidence le fait que son allié nationaliste tient le CD & V en otage : sans la NV-A, plus de majorité côté flamand, plus de majorité du tout même.

C'est dire que si la météo s'améliore un peu, il faudra bien du talent à Herman Van Rompuy pour quitter la zone des tempêtes. Son atout principal sera sa capacité à restaurer la confiance - si elle a existé au long de ces 80 jours - entre les "peut-être futurs partenaires". C'est peu et c'est beaucoup. Puisque c'est ce qui a manqué jusqu'ici.

29/08/2007

Les enfants de la Belgique de papa

Édito

"La Belgique de papa a vécu". La formule est de Gaston Eyskens. Elle date de 1970. La crise de l'université de Louvain vient de produire ses pleins effets : pour la première fois le fait communautaire impose de redessiner les institutions politiques.

Ce n'est qu'un début.. Egmont, Stuyvenbergh ou Fouron, par exemple, seront autant de crises qui verront grandir et s'imposer une nouvelle génération d'hommes politiques. Les Martens, Tindemans, Dehaene, Deprez, Spitaels, Gol et aussi Van den Brande - "Plus un franc flamand pour l'acier wallon" - ou les Happart - "J'ai rendez-vous avec l'histoire" - sont, d'une certaine manière les héritiers de la Belgique de papa. Une Belgique qu'ils n'auront de cesse d'adapter, de bricoler, parfois, jusqu'à imposer, dans les années 80 le concept de "fédéralisme d'union" .

Ils y croiront, tous, à cette grande réforme créant Régions et Communautés. Martens se persuadera même que cette réforme serait la dernière : "La loyauté fédérale",comme on disait alors, avait la cote.

Ces architectes institutionnels, ou plombiers, au choix selon le point de vue, avaient au moins un avantage : ils se connaissaient par-delà la frontière linguistique. Normal, ce sont eux qui ont liquidé les partis nationaux.

Une génération a passé... Les nouveaux héritiers sont arrivés.

Leterme, Peeters, Somers, De Wever sont devenus des inconnus pour les francophones. Milquet, Marcourt, Kubla et autres n'existent pas en Flandre. C'est là, sans doute, une des raisons majeures pour laquelle la "mayonnaise" a tant de mal à prendre entre les "peut-être futurs partenaires". Ils ne se connaissent pas, ou peu et en tout cas, pour l'heure, mal.

Aujourd'hui, donc, c'est la crise. C'est ainsi du moins que l'analyse le Palais royal. Albert II a choisi de dramatiser la situation en convoquant "ses" ministres d'Etat, "ses" sages, ceux qui, pour avoir pendant plus de vingt ans négocié sur le terrain communautaire, sont devenus des "experts du compromis à la belge". Seront-ils en mesure de transmettre "leurs recettes" ? Rien n'est moins sûr quand on se souvient comment, voilà moins d'un mois, le CD&V/NV-A a liquidé Jean-Luc Dehaene !

Mais ce qui importe aujourd'hui c'est que le Roi a repris la main. Il adresse, en convoquant les ministres d'Etat, un signal fort aux négociateurs actuels et les appelle à retrouver leur sang-froid ! Et, d'une certaine manière, exemples vivants à l'appui, leur dit : il n'est point de salut en dehors du dialogue.

26/08/2007

Milquet, la Madame qui dit oui !

EDITO du 25.08.08

Donc, c’est entendu : c’est à Joëlle Milquet, présidente du CDH de donner des gages. De l’avis des “peut-être futurs partenaires gouvernementaux”, il y a un doute quant à la volonté réelle de la démocrate humaniste d’embarquer sur le vaisseau de l’orange bleue.

En somme, celle que la presse flamande a surnommée “Madame Non”, doit faire aujourd’hui la preuve qu’elle est prête à négocier “vraiment”. Jusqu’ici, paraît-il, les négociateurs avaient devisé de choses et d’autres sans entrer dans le vif du sujet. A cause de la Dame “qui fait non, non, non, noooooon” et qui « toute la journéééée faisait non, non, non nooooooon”… A tel point “qu’ils en rêvaient la nuiiiiit”.

Mais Joëlle Milquet a-t-elle vraiment dit non ?

Laissons de côté les problèmes budgétaires, sociaux économiques, fiscaux, justice, etc. – pourtant fort importants et urgents. Le nœud du problème reste le communautaire et la liste des revendications dressée par les partis flamands.

Pour aboutir, bon nombre d’entre eux nécessitent la majorité des deux tiers. Une majorité dont la coalition orange bleue ne dispose pas. Cette réalité-là n’empêche cependant pas le CD & V/NV.A de faire de la réforme de l’Etat un préalable à la formation du gouvernement.

A cela, oui, Milquet a dit non ! Mais elle dit oui à l’idée de discuter de matières institutionnelles qui nécessitent ou non la majorité qualifiée.

Les “peut-être futurs partenaires flamands” se font forts de trouver, dans les rangs d’une Flandre toute tendue vers une large autonomie, les voix nécessaires pour obtenir ces fameux deux tiers. Mais ils ne veulent pas préciser quels seront ces apporteurs de voix.

A cela, oui, Milquet dit deux fois non ! Non à un apport de voix essentiellement flamandes sans un équilibre venu du côté francophone. Non encore pour inscrire dans un accord de gouvernement des réformes institutionnelles sans en débattre dès maintenant avec ceux qui s’engageront, au Nord comme au Sud sur ce programme. Mais oui à une discussion institutionnelle ouverte et transparente avec des partenaires connus. Le CD&V/NV.A et le MR étant acquis à l’idée de la bipartite, cette discussion doit nécessairement être extérieure à la coalition en devenir.

Milquet ne dit pas non. Elle met des conditions à son oui !