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18/09/2007

Cent jours, quatre hommes !

Édito 18/09/07

Donc l'explorateur explore ! Il est au milieu de la jungle. Il essaye de comprendre quelles sont les revendications des tribus en présence. Il y a, évidemment, des questions de territoires. Il y a aussi - mais est-ce différent ? - des questions qui portent sur la manière d'administrer la justice, de garantir aux anciens des moyens de subsistance, de techniques de production, etc.

La situation reste très délicate. Voilà cent jours tout juste que les discussions ont été entamées entre les clans et la graine de l'orange bleue, réputée très difficile à cultiver, n'a toujours pu être plantée.

Les efforts, pourtant, n'ont pas été ménagés. Au début, il y a eu un informateur, qui a vu tout le monde, et plus encore. Après, un super-démineur a tenté de déblayer le terrain. Puis un formateur, issu de la principale tribu nordiste, a voulu jouer les hommes providentiels. Raté : il a été perçu comme voulant s'approprier la récolte à venir.

Le Roi, alors, a cherché un nouveau Stanley : Herman Van Rompuy a donc repris le travail à zéro.

L'explorateur, depuis, travaille dans le silence. Il écoute, il consulte, il explore, il engrange.

Depuis bientôt quatre semaines qu'il a entamé sa mission de pacification, les choses ont, enfin, évolué. Les chefs des quatre tribus, ce n'est pas rien, se taisent dans toutes les langues. Ce qui est bon signe. L'explorateur a approché d'autres clans - verts, rouges - pour tâter le terrain. Il s'est fait rabrouer.

Restent donc les bleus et les oranges. Avec un problème chez les oranges du Nord. Ils se sont alliés à une tribu irrédentiste - la NV.A - qui a des exigences territoriales qui font problèmes. C'est à cela que Van Rompuy s'attache : faire comprendre, aux uns et aux autres, que le Grand Soir n'est pas au rendez-vous. Ni pour ceux qui rêvaient de la réforme définitive, ni pour ceux qui pensaient que rien ne changerait.

L'explorateur reste la meilleure chance de voir l'orange bleue éclore. Paradoxalement, c'est au sein de sa propre famille qu'il doit aujourd'hui porter la bonne parole. Il lui faut convaincre la NV-A, qui fait de la résistance, que la mathématique parlementaire ne lui permet pas de réaliser les objectifs promis aux seuls Flamands. Le CD & V a commencé, pour sa part, à comprendre. Yves Leterme, mais oui ! sait que 800 000 voix recueillies en Flandre ne font pas un Premier ministre "naturel" du pays.

L'explorateur a bien travaillé. Il lui reste à aboutir. Et le temps presse !

11/09/2007

Cherche Belgique désepérément...

Édito du 10/09/2007

Un trimestre, trois mois, 93 jours. Depuis le 10 juin 2007, date des élections, jusqu'à aujourd'hui, 10 septembre, le temps semble avoir suspendu son vol.

D'informateur en démineur, de formateur en explorateur, le pays politique reste figé.

Ces trois mois immobiles ont pourtant été instructifs. Ils ont révélé le fossé qui sépare désormais les Flamands des francophones.

Les moins exigeants, au nord, réclament le confédéralisme : tous les pouvoirs aux Régions et un Etat fédéral croupion. Les autres se situent clairement dans la voie séparatiste ou indépendantiste.

Au sud du pays, c'est le sauve-qui-peut général et dans le désordre. La seule réponse francophone aux exigences flamandes est de dire non. C'est un peu court, trop court.

Ce que les 93 jours passés ont révélé c'est l'impréparation des francophones face à une Flandre qui, à tort ou à raison, pense, comme le disait crûment Yves Leterme avant les élections, que la Belgique n'a plus de valeur ajoutée.

La Flandre veut prendre son destin en main. Les francophones ont peur de se retrouver face à leur destin.

Le constat est cruel et amer. Il illustre pourtant ce fait politique majeur : les francophones n'ont pas vu venir les revendications flamandes ou, pour le moins, n'ont jamais imaginé qu'elles prendraient de telles proportions. C'est une faute, une grande faute !

La coalition orange bleue, si elle voit le jour, ne sera sans doute pas celle qui mènera au grand soir institutionnel. Les francophones gardent les moyens, cette fois-ci, de bloquer la marche de la Flandre. Mais c'est la dernière fois.

La Belgique a rendez-vous avec l'histoire : si pas cette fois-ci, du moins dans quatre ans. Au plus tard !

Ce que la crise actuelle a révélé, c'est que Flamands, Bruxellois et Wallons ne se connaissent plus; qu'ils n'ont plus de projets communs pour faire exister la Belgique. Pas un pays au monde ne peut résister, à long terme, à des volontés si divergentes en matière d'organisation de l'état.

Les citoyens, du nord comme du sud ont le droit de savoir, clairement, quel est l'agenda des partis politiques. Au nord comme au sud, les citoyens doivent être mis en position de choisir leur destin. Les choses sont plus claires côté flamand, elles sont obscures côté francophone.

Nous n'échapperons pas au débat. Il convient dès à présent de préparer notre futur.

31/08/2007

Herman vint et le silence fut

On l’avait presque oublié : Guy Verhofstadt est vivant et “kote” toujours rue de la Loi. Il a d’ailleurs convoqué un Conseil des ministres restreint pour la semaine prochaine. Histoire de rappeler qu’il expédie les affaires courantes.Car pour le reste, l’actualité politique, loin d’être au ralenti, ne donne pas grand-chose à se mettre sous la dent. Les téléphones des “peut-être futurs partenaires” sont abonnés absents. Silence radio.

Herman Van Rompuy, explorateur en chef, examine avec soin le terrain. Il a revêtu, aussi, la soutane du missionnaire. Et, présentement, il confesse les chefs des différentes tribus qui guerroient. Dans le plus grand secret il examine les possibilités et les conditions dans lesquelles pourrait être signé un traité de paix.

Pour l’instant, les machettes des belligérants restent dans les fourreaux et les flèches dans les carquois. L’heure n’est pas encore venue de réunir tout le monde autour du grand feu pour implorer le retour du soleil. Il faut encore marchander sur les cadeaux de paix que les uns et les autres se feront et, aussi, régler des problèmes de territoire. Sans compter que d’autres tribus épient les négociations et se demandent si elles seront ou non invitées au festin.

Bref, des questions difficiles, comme chacun sait, les tribus qui se partagent la Belgique pouvant se montrer parfois fort agressives !

Ce qu’il y a de certain, c’est que quelque chose se passe pour l’instant : l’explorateur avait annoncé qu’il travaillerait dans la discrétion. C’est ce qu’il fait. Mieux, pour la première fois depuis 80 jours, les “peut-être futurs partenaires” ne se répandent pas en commentaires divers et, si possible, peu aimables à l’issue des rencontres. Eux aussi observent le plus grand silence.

C’est le premier pari réussi par Herman Van Rompuy : en 24 heures, il a réussi à donner à sa mission un aspect solennel et sérieux qui avait cruellement manqué jusqu’ici.On sent désormais chez chacun qu’il faut transformer l’essai. Qu’il n’y aura pas, pour l’orange bleue, de chance supplémentaire.

Seul l’ex- et possible futur formateur semble avoir des difficultés à bien comprendre. Dans sa dernière interview il estime que “les partis francophones sont déjà en campagne pour 2009. En tant que formateur il était alors difficile d’être au-dessus de la mêlée”. On ne peut mieux dire. C’est bien pour cela qu’il a échoué. Encore un effort Monsieur l’ex-formateur si vous voulez jouer dans la pièce “Leterme, le retour”, même si elle aura été écrite par un autre.