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22/08/2008

L'impossible numerus clausus !

 

Édito

 

Par Michel Konen

Le recteur de l'université de Liège ne sait plus à quel saint se vouer. Et la ministre de l'Enseignement supérieur de la Communauté française, Marie-Dominique Simonet, non plus.

Le Conseil d'Etat vient en effet de donner raison aux étudiants en médecine qui avaient introduit un recours au motif qu'ayant réussi les examens ils n'avaient pas été autorisés à passer en deuxième année. Les fameux "reçus-collés" se sont rebiffés. Et ils ont bien fait.

En cause, le "numerus clausus" décidé par le fédéral afin de limiter l'offre médicale. La Belgique étant ce qu'elle est, les choses se compliquent pour la mise en application de la mesure : chaque Communauté est chargée de mettre en oeuvre ces dispositions.

Pour s'en tenir à la partie francophone, nous en sommes à une situation proprement schizophrénique. En refusant l'idée même d'un examen d'entrée en faculté de médecine, les universités ont créé une nouvelle variété d'étudiants : les "reçus-collés". Ceux-là même qui, à l'issue de la première année, ont réussi mais qui, faute de quota suffisant accordé par le fédéral, se voient refuser l'accès à la deuxième année.

Et c'est ici que la décision prise par le Conseil d'Etat prend toute son importance. Dans ses attendus, le Conseil fait une double observation qui pourrait peser lourd. Il constate, d'une part, que le jury de ULg n'a pas tenu compte du fait que toutes les analyses annoncent une pénurie de médecins dans les années à venir. Et l'on ajoutera que la pénurie est déjà bien réelle aujourd'hui. Faute de médecins belges, les hôpitaux, c'est un secret de polichinelle, se voient contraints de faire appel à des médecins étrangers pour remplir leur cadre.

Comme le constate le recteur de l'ULg, "la situation est kafkaïenne". Et chacun, dans le monde politique, en convient. Depuis plusieurs années. Mais rien ne bouge. Chacun se renvoie la balle.

D'autre part, cet arrêt du Conseil d'Etat va peut-être inciter nos gouvernants à se pencher sur cette situation scandaleuse. Les magistrats n'ont en effet pas hésité à remettre en cause le principe même du numerus clausus et s'interrogent sur sa validité et sa conformité à des textes internationaux.

Voilà qui sera peut-être l'arme fatale pour liquider une législation si mal fichue qu'elle n'aurait jamais dû voir le jour.

04/08/2008

Yves Leterme ou le Janus belge ?

Édito

La Libre Belgique

Par Michel Konen

Mis en ligne le 04/08/2008

Le Premier ministre, Yves Leterme, a monopolisé l'actualité politique de ce week-end. Il a accordé de multiples interviews à de nombreux quotidiens du nord et du sud du pays.

Il est toujours intéressant de comparer les déclarations faites à deux opinions publiques différentes. L'une, néerlandophone, est celle de son électorat ; l'autre, francophone, est composée de citoyens avec lesquels il n'a pas de rendez-vous électoral.

Et la lecture des interviews accordées est en effet édifiante à cet égard. Dans les journaux flamands, on sent toujours, en filigrane, le candidat politique; dans les quotidiens francophones, c'est davantage un homme qui veut convaincre de l'urgence d'entamer une large et profonde réforme de l'Etat. Yves Leterme, comme Janus, le dieu romain, a deux faces.

A dire vrai, les entretiens accordés à la presse francophone sont banals et ne recèlent rien d'inattendu. Tout l'intérêt réside dans les propos tenus, à travers la presse néerlandophone, à ses électeurs. C'est dans ces propos-là qu'on peut lire en filigrane les vraies intentions d'Yves Leterme.

Un mot du dossier économique et social d'abord. Yves Leterme reconnaît implicitement que le budget 2008 est un budget pour rire. Pour 2009, l'effort budgétaire sera de 4 milliards d'euros, estime-t-il avant d'ajouter : "Et, cette fois, ce devra être 4 milliards sérieux". Tout est dit, ainsi, à propos du budget 2008.

De toute manière, déclare Yves Leterme, quelle que soit l'importance des dossiers socio-économiques, rien ne sera possible sans de profondes avancées institutionnelles. Le communautaire est un préalable absolu. À tel point qu'Yves Leterme prédit : "Si j'échoue, ça ira très mal pour la Belgique".

Il réaffirme, sans ambiguïté, sa fidélité au cartel CD&V/N-VA : "Je suis le père du cartel. Et un père n'abandonne pas son enfant". C'est dire la détermination de l'homme. Au point que l'on peut se demander si au cours des mois écoulés il n'a pas sciemment agi pour que les choses soient aujourd'hui ce qu'elles sont.

Yves Leterme adresse aussi un signal à son parti : il faut arrêter de s'enfermer dans des date- butoirs qui sont "contre-productives". Une manière de dire au cartel que tout cela prendra encore du temps, que la mi-septembre, voire le rendez-vous électoral de 2009 ne sont pas des échéances vitales pour ceux qui veulent vraiment changer le pays.

17:51 Publié dans Belgique | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : Politique, Leterme

01/08/2008

Des vacances pour tout le monde !

Édito

La Libre Belgique

Mis en ligne le 01/08/2008

Par Michel Konen

Mission accomplie ! Le premier objectif des trois sages non-néerlandophones était de passer le cap du 25 juillet, date du dernier conseil des ministres et de remettre au Roi un premier rapport sur les possibilités de réaliser une réforme de l'Etat. C'est fait !

Evidemment le cartel CD&V/N-VA, qui a l'habitude de se fixer des dates butoirs absurdes, se dit déçu et se retrouve un peu penaud : le grand soir, ce n'est pas pour tout de suite. Faute d'avoir quelque chose à se mettre sous la dent, nos Flamands radicaux s'en vont répétant à qui veut bien l'entendre que c'est en septembre qu'ils bouteront le feu à la Maison Belgique si tout ne se déroule pas comme ils l'exigent. D'ici là même Bart De Wever a fini par se convaincre qu'il ne servait à rien de donner de la voix en plein mois d'août : il n'y aura personne pour l'écouter. Il partira donc en vacances. Comme tout le monde !

Cela dit, il faut saluer le travail accompli par François-Xavier de Donnéa, Karl-Heinz Lambertz et Raymond Langendries. Dans le court laps de temps qui leur était donné ils ont réussi à calmer l'incendie politique ouvert par la démission d'Yves Leterme. Mieux ils ont réussi à ramener tout le monde, y compris les socialistes flamands, autour de la table avec pour mot d'ordre : il faut réformer l'Etat en profondeur.

Et puisque tout le monde est content, ils vont donc, comme prévu, poursuivre leur mission jusqu'à la mi-septembre au moins.

Ce consensus, qui fait plaisir à voir après tant de mois de discorde, ils l'ont obtenu en se montrant créatifs. Ils ont inventé un néologisme : la négociation "interinstitutionnelle". On avait déjà les négociations interrégionales, de communauté à communauté, entre les présidents de partis, etc., maintenant elles pourront être "interinstitutionnelles". Pas moins !

L'avantage du mot c'est qu'on ne sait pas exactement ce qu'il veut dire ou plus exactement qu'il peut vouloir dire ce que chacun veut lui faire dire. Dans une négociation interinstitutionnelle tout le monde peut [?], pourra [?] parler de tout avec tout le monde à un moment ou à un autre. Une négociation à géométrie variable en quelque sorte !

Ce sera le devoir de vacances des sages que de préciser, d'ici septembre, ce concept que personne ne comprend et dont tout le monde peut dès lors se satisfaire.