Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

15/10/2008

Budget, parce qu'il le faut bien !

Édito

Mis en ligne le 15/10/2008

Par Michel Konen

Les doutes que l'on pouvait avoir sur le sérieux du budget présenté hier à la Chambre sont largement confirmés : le gouvernement nous vend du vent.

Au terme d'un discours soporifique, Yves Leterme, qui a multiplié les expressions du genre "les temps sont durs" et appelé à la rescousse "la crise financière et bancaire sans précédent", et même le "terrorisme international" qui menace, a conclu qu'en "bon père de famille" il présentait un budget en équilibre. Ah, si seulement c'était vrai !

Disons que la présentation faite par le Premier ministre d'un équilibre budgétaire souffre d'une vision platonicienne des choses : il a un caractère purement idéal, théorique, sans effet concret. Il a la couleur d'un budget en équilibre, le goût d'un budget en équilibre, mais n'est pas un budget en équilibre !

A dire vrai, dès potron-minet, sur les antennes de la RTBF, Sabine Laruelle, ministre des PME chargée de porter la bonne parole à l'issue d'une nuit blanche, psalmodiait d'une voix lasse, comme on le lui avait sans doute recommandé, que le budget était en équilibre. Puis, dans la foulée, d'un ton beaucoup plus convaincant, énumérait toutes les raisons pour lesquelles cet équilibre ne serait pas respecté. Quant à Melchior Wathelet Jr, secrétaire d'Etat au Budget, il était lui aussi résigné au micro de la radio, avouant que si le chiffre de 1,2 pc de croissance avait été retenu c'était parce qu'il fallait bien en retenir un à un moment donné. Même si l'on savait d'ores et déjà que le chiffre était largement surévalué.

Quant au président du Parti socialiste, Elio Di Rupo, il avouait sans détours qu'il avait fallu, pas moins, "éviter une crise politique".

C'est peu de chose que relever que l'enthousiasme n'est pas au rendez-vous. Et que ce budget n'est, dans le fond, que le fruit de la nécessité. Un budget parce qu'il le faut bien ! Politiquement impossible d'ajouter à la crise financière une crise politique ouverte qui, en Belgique, est sous-jacente depuis seize mois.

2008, déjà, sera en déficit. Il en ira de même pour 2009. Personne ne croit un instant que le contrôle budgétaire, qui coïncidera avec le début de la campagne électorale pour les européennes et les régionales, sera sérieux.

Le gouvernement se félicite aujourd'hui d'être, parmi les pays européens, l'un des seuls à présenter un budget en équilibre. Peut-être est-il aussi l'un des seuls à prendre ses rêves pour des réalités.

12:54 Publié dans Belgique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, budget, leterme

14/10/2008

Budget, un équilibre très virtuel

Édito

Mis en ligne le 14/10/2008

Par Michel Konen

Il faut le leur reconnaître : Yves Leterme et Didier Reynders ont brillamment dirigé la manœuvre pendant la tempête boursière. Sans doute tout n'est pas parfait et il se trouve des actionnaires - de Fortis - pour se plaindre, peut-être à bon droit, du traitement qui leur a été réservé. Les tribunaux trancheront là-dessus. En attendant, même si le pays se trouve dépouillé de centres de décisions importants, l'essentiel paraît avoir été préservé : le système bancaire belge ne s'est pas écroulé. Le gouvernement a agi avec rapidité, imagination et détermination.

Les grandes manœuvres financières internationales laissent désormais un peu de temps à nos ministres pour s'occuper des gros sous de l'Etat. On pouvait espérer que nos gouvernants feraient montre des mêmes qualités dans l'élaboration du budget 2009 que de celles déployées dans le sauvetage des banques. Il faut déchanter.

Les milliards trouvés pour aider les institutions financières ont, fallait-il en douter ?, réveiller les appétits et les discours limite populistes. Du genre : si l'on a trouvé des sous pour les "riches" on en trouvera bien pour les plus démunis. Entendez allons-y pour un déficit budgétaire qui soutiendra la consommation et maintiendra le pouvoir d'achat.

Deux rappels sont nécessaires.

Un : le but de l'intervention du gouvernement dans le dossier bancaire est de préserver les petits épargnants, avant les actionnaires. La catastrophe, si elle avait eu lieu, aurait évaporé le pouvoir d'achat de centaines de milliers de Belges de condition modeste.

Deux : faut-il que nous ayons la mémoire courte pour oublier ce à quoi une politique de déficit budgétaire censée soutenir la consommation et l'emploi a conduit au début des années '70 et '80 ? A un déficit abyssal des finances publiques, que nous payons très chèrement toujours aujourd'hui. Plaider pour un déficit relève de l'irresponsabilité politique. Et la proximité des élections - huit mois à peine - n'incite pas au courage, hélas !

A l'heure d'écrire ces lignes, le gouvernement retient une croissance économique de 1,2 pc, dont chacun sait qu'elle est illusoire. Il se prépare à présenter un budget que l'on peut d'ores et déjà qualifier de virtuel. Comme la bulle financière qui vient d'éclater.

Le laxisme budgétaire est celui qui pénalise le plus durement et le plus longtemps les revenus les plus faibles. Comme les sinistres "subprimes".

08:01 Publié dans Belgique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : politique, budget

11/10/2008

Pour qui la richesse des nations ?

 Editorial

La lIBRE bELGIQUE

Par Michel Konen

Mis en ligne le 11/10/2008

Nul besoin de forcer le trait. Sur les tableaux noirs des bourses du monde entier, les courbes rouges plongent désespérément vers le bas. Le système bancaire implose, la récession mondiale est à nos portes, les Etats et les banques centrales interviennent massivement. Rien n'y fait, la confiance, comme l'argent, s'est évaporé. Sinistre ironie : hier, le discours du Président des Etats-Unis, qui voulait rassurer, a eu pour seul effet d'accélérer le cataclysme boursier.

Le capitalisme vit une de ces crises ravageuses que lui seul peut se payer. Les valeurs, les repères s'effondrent. Les chantres de la globalisation, de la mondialisation, ceux-là même qui ont imposé au monde de bannir toute régulation et tout contrôle sur la finance et l'économie voient aujourd'hui l'édifice se réduire en cendres. Avec un aplomb qui frise l'indécence - on ne renonce pas aux week-ends extravagants à Monaco - ils s'en remettent aux pouvoirs publics pour régler une addition qui donne le vertige. Les montants en jeu sont tels - des trillions de dollars et d'euros - qu'ils en deviennent abstraits !

Les politiques, qui hier encore, affirmaient que les marchés s'autorégulaient, sont à la barre. Et ils mettent en œuvre les recettes qu'ils dénonçaient. Les nationalismes et le chacun pour soi, illusoires bouées de sauvetage, sont revenus en force, y compris dans la maison Europe qui tremble sous les coups de boutoir.

C'est au politique qu'il revient d'innover, de proposer aux opinions démocratiques de nouvelles valeurs. On avait fini par se persuader que l'argent était la mesure de tout, oubliant que le capitalisme n'est qu'un moyen, un instrument et non une doctrine politique.

Le capitalisme est un levier puissant, sans équivalent, pour créer de la richesse. Encore faut-il définir à qui elle doit servir. Le libéralisme, qui est, lui, une doctrine politique, doit répondre sans ambiguïté à cette question s'il veut un avenir. Et l'impudeur affichée des nouveaux milliardaires ne laisse guère de place à l'interrogation.

Il faut espérer qu'il existe aujourd'hui parmi nos dirigeants un Roosevelt, un homme qui voit plus loin, plus juste. Un homme qui saisisse l'occasion de cette crise pour écrire l'histoire. Un homme qui donne à la construction européenne un nouvel élan, un nouvel espoir, une nouvelle force : une Europe faite pour des hommes.