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19/07/2008

Belgofolies

Édito

La Libre Belgique

Par Michel Konen

Mis en ligne le 18/07/2008

Si vous avez compris la politique belge, c'est qu'on vous a mal expliqué !"

L'auteur, inconnu, de cette maxime ne peut être que l'un de nos compatriotes. Il témoigne en tout cas d'une dérision parfaitement en phase avec nos us et coutumes.

 

A Spa les Francofolies battent leur plein. Au seize rue de la Loi, on joue les Belgofolies. D'un côté on rit, de l'autre on grimace. Dans les rues de la Perle des Ardennes, on chante. Le long du Parc royal on répète, on ne sait trop, une version moderne de la "Farce de Maître Patelin" ou des "Fourberies de Scapin".

Trois sages, donc, ont 12 jours pour démêler l'écheveau inextricable qui résiste depuis 13 mois aux meilleurs spécialistes du genre. Bonne chance, messieurs !

L'équipe "Leterme&Co" attend que, tels des Rois mages, vous lui apportiez, sur un plat d'argent, la solution miracle qui conduira à cette profonde réforme de l'Etat qui se refuse à elle depuis des mois. Et la pièce à livrer devra être assortie, comme pour un frigo ou une lessiveuse, de "garanties" et du mode d'emploi. Pas moins !

Tant qu'à faire, négociez cette réforme entre vous, là, tout de suite, sur un coin de table. Ça ne devrait pas être trop compliqué, en somme, puisque vous êtes entre francophones. Pour une fois que les Flamands vous ficheront la paix, profitez-en, parbleu !

C'est tellement mission impossible que l'on se dit que le but réel de votre mission, malgré vos qualités qui sont grandes, est de donner du temps à Leterme et à son cartel, le CD&V/N-VA, de se ressaisir et de retrouver le sens des réalités.

En attendant, on ne sait trop quelles sont encore les compétences du gouvernement. Le Roi a certes confirmé Yves Leterme dans ses fonctions. Tout en lui retirant, temporairement le communautaire. Reste le socio-économique, ce qui intéresse vraiment les gens, comme on dit chez nous. Des pouvoirs pleins et entiers en ce domaine ? Le gouvernement veut en tout cas éviter, à tout prix, que la question de confiance soit posée vendredi à la Chambre. Pour le parti du Premier ministre, Yves Leterme est en "affaires courantes". Sans plus. Et si la question de confiance devait être posée, rien ne dit que le CD&V/N-VA - profondément malade, gangrené par le virus communautaire - sauverait la tête de Leterme.

Il faut passer le cap du 25 juillet. Après cela le Parlement sera en vacances jusqu'en octobre. Deux mois de gagnés. C'est pour cela que les sages sont là.

Commentaires

Monsieur Konen,

En dernière page de votre journal de ce week-end, je lis à propos des trois médiateurs, dans votre texte, "entre francophones" et dans le dessin voisin, "sont tous francophones". En page 2 de la même édition, on rapporte que M.Lambertz se définit comme "germanophone citoyen de Wallonie". L'assimiler comme francophone me semble faire preuve de désinvolture vis-à-vis de la Communauté germanophone,et cela à travers son membre politiquement le plus important. Je précise que je n'ai pas de lien personnel avec la Communauté germanophone.

Bien à vous

Écrit par : Marcel Pintiaux | 20/07/2008

En ces temps de déraison un fidèle lecteur de votre journal, (plus de cinquante ans d’abonnement) peut-il vous adresser à publier cet appel à la raison que lance un Wallon à ses frères du Nord ?


Á MES FRÈRES DU NORD.

Je suis un vieux Wallon de bientôt 80 ans qui souffre de nos désaccords et de nos douloureuses disputes de famille. C’est grave puisque, pour la première fois, certains que vos électeurs ont porté au pouvoir, veulent qu’on se sépare pour toujours !

Nos racines sont enfouies dans les brumes lointaines de l’histoire. Rome nous craignait alors, il y a plus de 2000 ans, quand Jules César disait que nous étions les plus braves (ou les plus sauvages) de toute la Gaule.

Depuis, vous autres, les gens du Nord, habiles artisans, groupés en guildes, rivalisèrent avec ceux de Rome, Florence et Venise pour susciter les génies de l’art que sont vos Van Eyck, Breughel, Memling, Jordaens, Van Dyck, … et autres Rubens.

Les « Grands » du passé, depuis Charlemagne, se plaisaient bien chez nous et ne manquaient pas d’assister à nos événements importants : Marie de Bourgogne, Charles Quint, et surtout Albert et Isabelle qui ont donné une dimension internationale à Bruxelles, pour ne citer que les plus célèbres…

Depuis, l’histoire ne repassant pas toujours les plats dans le même sens, nous fûmes tour à tour prospères ou misérables, l’un, « le saisonnier », se rendant chez l’autre qui en avait mieux les moyens, soit pour la récolte provenant d’un sol plus généreux, en dormant dans la paille au-dessus des vaches et des cochons,… soit pour œuvrer dans des usines sales, poussiéreuses et dangereuses d’une métallurgie inhumaine en plein essor, à une époque antisociale de profiteurs capitalistes.

Maintenant, industrieux et opiniâtres ceux du Nord sont devenus riches et ceux du Sud pansent leurs plaies : les moyens de subsister qu’ils arrachaient alors durement aux tripes de la terre se sont taris et les forges des ciels rouges, qui noircissaient tout, se sont éteintes. Il ne leur reste que terrils, maisons noires et, lancinante dans leur mémoire, l’image de leurs vieux qui étouffent en crachant leurs poumons.

Commencée à l’occupation napoléonienne, l’usage de la langue française s’imposa durement et difficilement. Nous, les gens du sud, avons souffert d’abandonner notre wallon comme vous votre flamand. Ce fut très dur pour nos anciens (mes arrières grands parents et même la plupart de mes grandes tantes parlaient difficilement le français) Je me souviens que dans les écoles et chez moi, il était interdit et même sanctionné de parler wallon.

Ce fut également ainsi chez vous, ceux de votre peuple qui ne fréquentaient pas ou peu une école d’élite les appelaient « fransquillons ». Ce sera alors que le génie flamand créera des écrivains qui contribueront à la gloire de la littérature française (Charles De Coster, Émile Verhaeren, Maurice Maeterlinck, Georges Rodenbach, Marie Gevers, Michel de Ghelderode, Françoise Mallet-Joris pour ne citer que ceux qui me viennent à l’esprit).

Quelle perte pour la littérature française et pour la culture en général que la disparition de ce terreau fertile qui ne produira plus ses fruits !

Après la première guerre mondiale, vint s’installer chez vous un incroyable complexe, peut-être justifié par la difficulté que vos soldats avaient de comprendre leurs officiers qui provenaient d’une aristocratie ou d’une bourgeoisie prioritairement instruite en français.

Ce fut le début d’une impitoyable croisade d’éradication du français au profit du flamand qui fut légiféré en langue officielle, poussant certains aux ukases que nous connaissons aujourd’hui.

Aussi, le vieux bonhomme qui vous apprécie tant, vous adresse-t-il ce pathétique appel à la raison qui est votre principale et remarquable qualité pour que vous apaisiez ceux qui chez vous s’érigent en sirènes du séparatisme.

Pourquoi aussi imposer à mes petits-enfants l’apprentissage d’une langue que vos prochaines générations ne parleront qu’entre eux, quand la mondialisation en marche rapide aura privilégié la langue de Shakespeare, les autres tombant en désuétude ou comme le français devenu une base de culture au même titre que le latin et le grec ?

Apprendre une langue qui se complique des accents et usages régionaux (tussentaal) que la plupart d’entre-vous conservent, demande chez certains (tout le monde n’a pas le don des langues et j’en suis) un effort considérable qui peut prendre des années. Vous avez légiféré, depuis une petit siècle, un parler que vos voisins d’Outre-Moerdijk, néerlandophones pourtant, sous-titrent en télévision, comme vous d’ailleurs, pour vous comprendre,.

Je vous en prie calmez aussi l’exigence linguistique de plus en plus sélective de vos censeurs détenteur du pouvoir d’accorder dans vos régions aux plus économiquement faibles un logement modeste dans le but de privilégier vos autochtones.

Pour une fois faites mentir La Fontaine, en ne nous appliquant pas la raison du plus fort qui n’est humainement pas la meilleure !

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Écrit par : Philippe Mailleux | 20/07/2008

Une lettre pondérée et censée. Traduite et publiée sur le blog ou dans un quotidien néerlandophone, quelles seraient les réactions?
Concernant les soldats de 14 n'y avait-il pas également des wallons sortis des mines et des campagnes qui ne comprenaient pas ou mal le français?
Enfin, je viens de retrouver un livre intitulé " Cours théorique et pratique de langue flamande" par E.Van Driessche, professeur a l'Athénée Royal et à l'Ecole Normale de l'Etat à Bruxelles. 24° édition 1883.Est-ce que aucun officier ou sous-officier en 14 n'avait été élève de ces écoles?

Écrit par : Widart | 20/07/2008

La lettre écrite par Marcel est vraiment superbe, elle aurait été écrite de la même façon par le mari de ma marraine qui habitait Gand et professeur d'université, et s'il était fière d'être Flamand il était également fière de connaître parfaitement la langue de Molière tout en étant pas Fransquillon.
Hélas les temps ont bien changés et la Flandre avec elle votant de plus en plus pour l'extrême droite, maintenant ils sont contre les Francophones, mais demain ils seront contre leurs immigrés avec une haine encore plus féroce, je suis persuadé pour en avoir discuté plusieurs fois sur des forums ou des Blogs que leur Wooncode, est en réalité une dissuasion pour limité l'exode de plus en plus massif des habitants de l'ouest et du nord de Bruxelles qui à cause de leur expansion démographique et de la rénovation immobilière sont obligés de quitter Bruxelles pour la périphérie, pourtant beaucoup d'entre eux n'ayant pas cette phobie linguistique qu'on certain francophones de la périphérie sont prêt à faire l'effort d'apprendre quelques rudiments de flamand "pauvre Flandre" il serait grand temps que l'Europe et les médias les rappellent à l'ordre et les obligent à signer la protection des minorités que l'état fédéral sous pressions des élus de Flandre n'a pas encore signé.

Écrit par : Neuville Robert | 20/07/2008

Complément à mon texte du 20 juillet, à intercaler après le quatrième paragraphe.

Faut-il aussi rappeler nos résistances « patriotiques » à l’occupant : ceux des éperons d’or et de Franchimont, le « ketje » de Bruxelles qui leur pisse dessus… ceux de l’ombre et des tranchées de 14… et les résistants de 40 et les martyrs des camps… !

Écrit par : Philippe Mailleux | 21/07/2008

Les Flamands sont les meilleurs Belges ...
La Flandre a besoin de la Belgique pour pouvoir utiliser Bruxelles et se servir de la Wallonie comme paillasson. Vive la nouvelle Belgique ! Vive la loi du nombre qui l'emporte toujours !

Écrit par : Gaby Copain | 22/07/2008

Très belle lettre résumant l'histoire telle qu'elle est, en dehors des mensonges grossiers de la Flandre, montrant ainsi que les anciens ne sont pas tous aveugles à crier "vive la belgique", de façon presque sinistre.
Oui, la Flandre a changé, elle s'est érigée en état, et a trouvé, à travers la langue, son fer de lance.
Elle tente depuis longtemps une bataille perdue pour la pérennité de sa langue.
C'est la Flandre qui est devenue aveugle par ses visées aux relents fascistes. Il est de notre devoir d'y être vigilant et de s'y opposer.
Pour la Belgique, mais surtout pour notre dignité.

Écrit par : joel | 22/07/2008

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