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31/05/2008

St Alphonse et le mariage républicain

Édito

Par Michel Konen

 

La décision du tribunal de grande instance de Lille qui a annulé le mariage d’une jeune femme après qu’elle a menti à son mari sur sa virginité n’a pas fini de faire des vagues, en France, mais aussi chez nous en Belgique.

Les associations féministes s’émeuvent, à juste titre, de ce que la reconnaissance de cette exigence soit d’un autre temps, et porte atteinte à l’émancipation de la femme.

La secrétaire d’Etat à la Politique de la ville, Fadela Amara, ancienne présidente de l’association de défense des femmes de banlieues “Ni putes ni soumises”, a violemment dénoncé vendredi l’annulation du mariage de Lille, parlant d’une “vraie fatwa contre l’émancipation des femmes”. “J’ai cru que l’on parlait d’un verdict rendu à Kandahar en Afghanistan”.

Curieusement, le tribunal de Lille semble s’être inspiré d’un article du code Napoléon directement importé du droit canon : la condition “sine qua non”. Une règle de droit canonique mise sur pied par saint Alphonse de Ligori pour permettre la dissolution du lien matrimonial quand une condition essentielle pour un des deux époux est absente. Il n’est nul besoin de faute. Il suffit que la condition jugée essentielle par l’un des époux manque pour que le mariage soit censé n’avoir jamais existé. Exemple: je crois épouser une aristocrate qui pense elle-même l’être mais qui en réalité ne l’est pas. Ce simple fait permettait d’annuler le mariage.

Bien que cette règle se trouve encore dans le Code de droit canon elle n’est plus vraiment d’application en Occident. La vision personnaliste du mariage fait en sorte que l’on épouse un conjoint et pas une série de conditions (universitaire, aristocrate, riche héritière…).

Par contre, si la condition a été cachée volontairement, le lien matrimonial sera déclaré nul pour cause de dol. Le tribunal de Lille est-il influencé par une vision hyper-subjectiviste du mariage quand il fait jouer, contre toute attente, l’antique “condition sine qua non” que même les tribunaux d’Eglise n’appliquent plus ? Dans ce cas, dans notre monde moderne, le mariage deviendrait une addition de conditions que les conjoints y mettraient. Si celles-ci font défaut – quelles qu’elles soient – le mariage serait inexistant. Si j’ai décidé d’épouser une femme sadomasochiste et que je découvre qu’elle ne l’est pas, mon mariage sera nul

Pas sûr que saint Alphonse avait envisagé cela…

 

26/05/2008

Congo, nouvelle tuile communautaire

EDITORIAL

Radio Ciel

par Michel Konen

 

 

Il ne manquait plus que cela : voilà que le différent communautaire entre le nord et le sud s’insinue dans la politique extérieure du pays. On sait que Karel De Gucht pratique volontiers la diplomatie de l’éléphant. Il dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Pas en toutes circonstances cependant : lorsqu’il s’agit de la Chine, notre bouillant ministre des Affaires étrangères joue la prudence verbale. Avec la République démocratique du Congo, par contre, il donne libre cours à des analyses certes décoiffantes mais qui ont pour résultat de crisper les relations entre les deux pays. Il y a moins d’un  mois il dénonçait, à Kinshasa, ceux qui bénéficient «  de privilèges fabuleux et ceux qui n’hésitent pas à sacrifier le bien-être de la population pour leur enrichissement personnel ».

 

Depuis, Karel De Gucht a remis le couvert, estimant, compte tenu de l’aide apportée au Congo, que la Belgique avait « l’obligation morale » de prendre position sur ce qui se passe dans ce pays. Résultat : ambassadeur congolais rappelé, consulat fermé…

 

Nul ne conteste qu’en effet la Belgique doive veiller à ce que l’aide parvienne bien à ceux qui en ont besoin plutôt que d’enrichir les sangsues du régime congolais. Et le gouvernement a encore récemment confirmé que telle était bien sa volonté unanime. Mais Karel De Gucht a une manière humiliante, pour ne pas dire insultante, de dire les choses. Le MR, tout comme le PS, lui ont demandé d’observer une plus grande réserve verbale. Réponse énervée de De Gucht : « j’ai l’impression que les francophones pensent toujours que le Congo est la dixième province belge sur laquelle on ne peut rien dire ». Et d’ajouter : « ceux qui me critiquent risquent de mettre en cause la politique extérieure du pays » avant de conclure « tous les partis flamands sont d’accord avec ma position ».

 

Déclaration étrange : un ministre des Affaires étrangères n’est pas là ni pour exprimer, sur le fond comme dans la forme, ses opinions personnelles et moins encore celles de sa communauté linguistique. On attend de lui qu’il agisse pour régler les problèmes plutôt que d’en créer.

 

Yves Leterme va devoir arbitrer. Et il n’aime pas cela. Il a demandé des rapports. Il attend.

 

 

23/05/2008

Grève des Tec, la limite est franchie

Édito

La Libre Belgique 

Par Michel Konen

Il faut raison garder. Mais, en l'espèce, la coupe est pleine. Une nouvelle fois, les chauffeurs de bus des Tec de Charleroi ont décidé de se croiser les bras. Et l'on nous ressert, une fois de plus, le prétexte de la "grève émotionnelle". Cela suffit !

L'histoire est édifiante. Ce jeudi matin, au moment où les chauffeurs votent l'arrêt de travail, l'histoire est la suivante : un chauffeur a été agressé samedi par un voyageur qui le menaçait d'un couteau. L'homme s'est défendu et se retrouve néanmoins inculpé par la justice carolo. C'est trop injuste !

Quelques heures plus tard, après explication du parquet, l'affaire prend un tout autre visage. Un chauffeur a eu un échange de mots durant le trajet avec un handicapé qui souhaitait descendre entre deux arrêts. Au terminus, le chauffeur a saisi le handicapé par le collet et l'a projeté contre le bus. L'homme a alors sorti un petit couteau, menaçant le chauffeur. Ce dernier, par ailleurs ancien paracommando, a eu tôt fait de le désarmer, de le projeter au sol et de le rosser copieusement. Bilan : rate perforée, pneumothorax et deux vertèbres démises. Cinq jours en soins intensifs plus quinze jours d'invalidité. La scène a été entièrement filmée par deux caméras de surveillance.

Faut-il vraiment en dire beaucoup plus ? On pourrait encore admettre, à l'extrême limite, que faute d'information le matin, les chauffeurs soient sous le coup d'une émotion et veuillent manifester leur inquiétude. Mais il est inqualifiable, après que leurs responsables ont reçu toutes les explications de la part du procureur du Roi, qu'ils ont visionné le film des événements, qu'ils décident de poursuivre leur mouvement jusqu'à mardi, de l'étendre à d'autres réseaux.

Ils doivent, comme l'a utilement rappelé le ministre wallon des Transports André Antoine, laisser la justice mener son enquête.

Les organisations syndicales, qui pour l'instant couvrent encore ce conflit, sont mal à l'aise au vu des faits tels qu'ils se sont produits. Un responsable régional de la CSC de Charleroi vient de constater "qu'un bus n'est pas une zone de non-droit, et que les voyageurs ont le droit d'être sauvegardés au même titre que les chauffeurs", et que "tout n'est pas justifiable, et je ne peux donc pas penser que tout soit acceptable".

Voilà qui est parfaitement dit. Encore faut-il que ce soit entendu.