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29/02/2008

Reynders monte à l'assaut

Édito

LA LIBRE BELGIQUE 

Par Michel Konen

On reconnaîtra à Didier Reynders qu'il a de la suite dans les idées. Dès le soir du 10 juin 2007, les urnes à peine fermées, il a fixé son objectif : après trente-quatre ans d'absence, être le premier francophone à réinvestir le 16 rue de la Loi.

Comme un général de corps d'armée qui monte au combat, il a disposé ses troupes. Et depuis six mois, il manoeuvre. Il sait que gagner une bataille ce n'est pas gagner la guerre.

Six mois de coups de mains, de coups de force, de coups de gueule. Et toujours cette conviction, cette obstination : le poste de Premier ministre est, doit rester l'objectif.

Depuis juin il vit avec cette ambition et met tout en oeuvre pour la réaliser. Il ruse s'il le faut, il pilonne sans pitié quand il le juge nécessaire. Il ne ménage personne - si ce n'est Guy Verhofstadt - au risque de se mettre tout le monde à dos. Cette opération-là, en tout cas, a parfaitement réussi. Les rancoeurs accumulées à son égard le privent, dans sa quête, du soutien des partis francophones.

Avec l'avènement du gouvernement intérimaire Verhofstadt, on le croyait battu, défait en rase campagne, vaincu par sa victoire. Songez donc : l'orange bleue définitivement blette, le retour des socialistes, la tripartite tant vomie et, surtout, le poste de Premier promis à Yves Leterme, le rival aux 800 000 voix.

Le Liégeois ne désarme pas pourtant. Au contraire, il retrouve toute son agressivité politique. Il fait monter en ligne ses grognards. Olivier Maingain, Sabine Laruelle, Charles Michel, Serge Kubla tirent à vue sur tout ce qui bouge.

Avec la complicité du grand Guy, il "profite" de l'hospitalisation de Leterme pour boucler un mini-accord communautaire et le budget. Et il ne se prive pas de dire, il le clame même, que cet accord institutionnel n'est qu'anecdotique. Au point de semer le trouble dans les rangs du cartel CD&V/N-VA. Les séparatistes de Bart De Wever n'y résisteront pas : ils prennent leurs distances et le CD&V est en passe d'être un parti comme les autres, miné par le doute, hanté par la perspective d'une défaite annoncée.

Comme les autres, pas plus que les autres. Et Reynders de concéder aujourd'hui que Leterme, au soir du 20 mars, ne sera qu'un formateur. Pas plus. Que le poste de Premier se jouera au mérite. Et qu'Yves Leterme n'est pas le plus méritant, lui qui, jusqu'ici, ne peut aligner que des échecs.

Reynders, le couteau entre les dents

EDITORIAL

Ciel Radio

par Michel KONEN

 

 

Didier Reynders y va fort, très fort. Dans l’interview qu’il a donnée à La Libre Belgique ce matin, le président des bleus francophones fait brutalement monter les enchères. Haut, très haut.

 

Yves Leterme, tout juste sorti de l’hôpital, aura bien besoin des trois jours de convalescence prévus pour se remettre d’aplomb.

 

S’il croyait enfiler tranquillement les habits de Premier ministre le 20 mars prochain, eh bien c’est raté. Il revient en pleine tourmente, comme aux plus beaux jours de l’orange bleue. Et c’est lui qui est la cible.

 

Didier Reynders le dit sans détour : la NV.A, qui fait bande à part en ne soutenant pas les accords institutionnels noués il y a moins de 5 jours, a fragilisé son partenaire de cartel le CD&V. Les 800.000 voix d’Yves Leterme n’y changeront rien : sans la NV.A le premier parti flamand est redevenu un parti comme les autres. A peine un siège de mieux que le MR, et donc proportionnellement plus petit. Et au sein de la coalition pentapartite, les francophones sont largement majoritaires, en chiffres absolus.

 

Et Reynders d’en tirer les conclusions : Yves Leterme sera, au mieux, formateur. A lui de démontrer qu’il est capable, cette fois, de former un gouvernement. Sinon, le jeu est ouvert…. En clair, Didier Reynders renonce moins que jamais à s’installer au 16 rue de la loi après 34 années d’absence francophone. Et de toute manière, prévient-il, il conviendra d’accorder aux francophones, enfin au MR, des postes et des compétences ministérielles supplémentaires.

 

Les appels au calme de Guy Verhofstadt, hier à la Chambre n’ont pas été entendus : le leader des libéraux a le couteau entre les dents. Il veut se débarrasser de l’image de perdant que lui avaient valu l’échec de l’orange bleue et le retour des socialistes aux affaires.

 

Il a choisi l’attaque frontale, prenant tous les risques. Cela promet bien du plaisir.

 

 

28/02/2008

Comme en décembre

EDITORIAL

Ciel Radio

par Michel KONEN

 

 

La trêve n’aura pas même duré ce que durent les roses. Ceux qui, après la conclusion d’un premier accord sur la réforme de l’Etat, croyaient voir un renouveau du dialogue communautaire vont devoir déchanter. La poursuite de la guerre est au rendez-vous.

 

C’est la NV.A, l’allié séparatiste qui a ouvert le feu. Ce qu’il est désormais convenu d’appeler « le petit paquet » obtenu mardi est insignifiant, le contenu du « deuxième paquet », à négocier d’ici le 21 juillet, est insuffisant. En conséquence de quoi Bart De Wever et ses troupes n’entreront pas au gouvernement et s’abstiendront lors des votes de confiance.

 

Du coup le CD&V a du vague à l’âme. Plus que cela même. Il craint de se retrouver en porte-à-faux. Après des déclarations apaisantes, les sociaux-chrétiens ont cédé à la pression. Le président du gouvernement flamand,  Kris Peeters, n’y est pas allé avec le dos de la cuillère pour rassurer son allié. « Nous remettrons en cause, a-t-il dit, la participation de la Flandre à l’assainissement budgétaire fédéral si la grande réforme attendue n’est pas votée d’ici la fête nationale ». Et, cela va sans dire mais encore mieux en le disant, le CD&V quittera le gouvernement.

 

Voilà pour le nord du pays. Au sud, c’est le FDF qui fait bouillir la marmite. Comme s’il estimait que Didier Reynders s’était montré un peu mou dans ce domaine, Olivier Maingain menace lui aussi et remet Bruxelles-Hal-Vilvorde, l’élargissement de Bruxelles, la nomination des bourgmestres de la périphérie à l’avant scène. Et il ajoute : plus question de considérer le Premier ministre comme linguistiquement neutre. Flamand il est, flamand il restera et d’exiger des compensations en terme de portefeuilles et de compétences ministériels.

 

Tout ceci n’est qu’un avant goût du climat politique qui va régner d’ici le 20 mars, date du départ de Guy Verhofstadt et de l’entrée en piste d’Yves Leterme dans son costume de premier ministre.

 

Leterme, il rentre à temps, justement. Qu’il se rassure, en quinze jours, rien n’a changé. C’est même comme si on était encore en décembre. Le temps est toujours à l’orage.