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03/10/2007

Birmanie, le boycott Total ?

EDITO

Ciel Radio

 

Michel Konen 

 

La procédure judiciaire contre la société pétrolière française Total, pour complicité de crime contre l’humanité dans ses activités en Birmanie, a été relancée devant les tribunaux belges. Une trentaine de communes belges sont engagées dans un boycott des produits d’entreprises actives en Birmanie. Le ministre belge de l’environnement étudie la possibilité de mettre un terme au contrat qui lie les autorités au groupe pétrolier français. Jamais la stratégie du boycott commercial à des fins éthiques n’a autant été débattue qu’aujourd’hui, dans notre pays. Si le pétrolier français est dans la ligne de mire, c’est parce que son poids dans l’économie birmane est censé lui permettre d’exercer une pression maximale sur la junte birmane et amener les militaires à desserrer les liens sanglants de la répression. Mais un tel boycott est-il efficace ? Les sanctions économiques à l’encontre de la junte existent depuis dix ans et n’ont eu pour effet que de jeter la Birmanie dans l’orbite de la Chine sans vraiment améliorer le sort des populations. Alors Total peut-il réussir là où les états ont échoué ? C’est un pari qui n’est pas gagné d’avance. Mais pas perdu non plus. Encore faut-il que le mouvement de boycott fasse trembler le géant pétrolier. Est-ce possible ? Le Boycott des produits sud-africains, au bout de longues années, a porté ses fruits ; Nike a fini par céder et a imposé des conditions de productions plus respectueuses en matière de travail des enfants à ses fournisseurs ; le pétrolier Shell, face au boycott de ses produits sur les marchés allemands et scandinaves, a capitulé face aux accusations de pollution lancées à son encontre par Greenpeace. Si les sociétés internationales sont aujourd’hui sensibles aux mouvements de boycott ce n’est pas seulement parce que leurs volumes de vente risque de diminuer. C’est parce que leur image de marque est en jeu. C’est parce que cette mise à l’index de l’éthique internationale risque de faire baisser les cours des actions et mécontenter les actionnaires. C’est en cela qu’aujourd’hui le consommateur ne joue plus seulement un rôle économique mais aussi politique et éthique.

Commentaires

Opinion d'un visiteur occasionnel de la Birmanie :
Si la compagnie Total est poussée à se retirer de Birmanie, elle sera probablement remplacée par une compagnie chinoise qui aurait les mains "totalement" libres et bénéficiant d'une opacité complète pour ses opérations. La Chine disposerait alors d'un moyen aussi formidable qu'inespéré d'accroître sa mainmise sur le pays, ce qui accroîtrait dangereusement les tensions avec l'Inde et les Etats-Unis, outre le fait que les Birmans sont de plus en plus écoeurés par cette véritable colonisation de leur pays. Mais les Occidentaux auraient la conscience plus tranquille en n'ayant plus un acteur économique phare impliqué dans le maintien au pouvoir d'une oligarchie militaire aussi dure qu'incompétente. Et si ce n'etait pas une compagnie chinoise mais une autre, forcément asiatique, qui prenait le relais (une absence complète relèverait d'un scénario irréaliste que la Thaïlande importatrice ne pourrait accepter), ne soyons pas hypocrites : les capitaux en seraient partiellement occidentaux, bien sûr, et nous n'aurions sauvé qu'une apparence de respectabilité. Le monde du pétrole est ainsi fait... (Précision utile : je n'ai aucun intérêt personnel à défendre Total ou quelque autre compagnie pétrolière).
Comme beaucoup d'autres personnes raisonnables qui connaissent la Birmanie pour y être allées une ou plusieurs fois, j'affirme qu'il faut continuer à visiter le pays en touriste "standard": seul le tourisme de (très) haut de gamme profite réellement mais marginalement à la junte qui tire ses revenus d'autres sources (trafic de drogue, de rubis et autres, jeux, prostitution, etc.). Ne plus aller en Birmanie, ce serait punir cruellement un peuple déjà très éprouvé qui attend plus que jamais de pouvoir entrer en contact avec les étrangers dont les dépenses sur place lui permettent de (sur)vivre. Ne punissons pas le peuple birman par un boycott totalement inefficace et se trompant de cible !

Écrit par : Alain HENRY de FRAHAN | 03/10/2007

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