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31/08/2007

Herman vint et le silence fut

On l’avait presque oublié : Guy Verhofstadt est vivant et “kote” toujours rue de la Loi. Il a d’ailleurs convoqué un Conseil des ministres restreint pour la semaine prochaine. Histoire de rappeler qu’il expédie les affaires courantes.Car pour le reste, l’actualité politique, loin d’être au ralenti, ne donne pas grand-chose à se mettre sous la dent. Les téléphones des “peut-être futurs partenaires” sont abonnés absents. Silence radio.

Herman Van Rompuy, explorateur en chef, examine avec soin le terrain. Il a revêtu, aussi, la soutane du missionnaire. Et, présentement, il confesse les chefs des différentes tribus qui guerroient. Dans le plus grand secret il examine les possibilités et les conditions dans lesquelles pourrait être signé un traité de paix.

Pour l’instant, les machettes des belligérants restent dans les fourreaux et les flèches dans les carquois. L’heure n’est pas encore venue de réunir tout le monde autour du grand feu pour implorer le retour du soleil. Il faut encore marchander sur les cadeaux de paix que les uns et les autres se feront et, aussi, régler des problèmes de territoire. Sans compter que d’autres tribus épient les négociations et se demandent si elles seront ou non invitées au festin.

Bref, des questions difficiles, comme chacun sait, les tribus qui se partagent la Belgique pouvant se montrer parfois fort agressives !

Ce qu’il y a de certain, c’est que quelque chose se passe pour l’instant : l’explorateur avait annoncé qu’il travaillerait dans la discrétion. C’est ce qu’il fait. Mieux, pour la première fois depuis 80 jours, les “peut-être futurs partenaires” ne se répandent pas en commentaires divers et, si possible, peu aimables à l’issue des rencontres. Eux aussi observent le plus grand silence.

C’est le premier pari réussi par Herman Van Rompuy : en 24 heures, il a réussi à donner à sa mission un aspect solennel et sérieux qui avait cruellement manqué jusqu’ici.On sent désormais chez chacun qu’il faut transformer l’essai. Qu’il n’y aura pas, pour l’orange bleue, de chance supplémentaire.

Seul l’ex- et possible futur formateur semble avoir des difficultés à bien comprendre. Dans sa dernière interview il estime que “les partis francophones sont déjà en campagne pour 2009. En tant que formateur il était alors difficile d’être au-dessus de la mêlée”. On ne peut mieux dire. C’est bien pour cela qu’il a échoué. Encore un effort Monsieur l’ex-formateur si vous voulez jouer dans la pièce “Leterme, le retour”, même si elle aura été écrite par un autre.

30/08/2007

Les choses sérieuses commencent

EDITO

Explorer : parcourir un pays mal connu en l'étudiant avec soin. La définition du Petit Robert convient à merveille pour qualifier la mission que le Roi a confiée à Herman Van Rompuy, CD & V de choc.

Les quelques jours de flottement puis de consultations menées par Albert II auront au moins servi à quatre choses : donner du temps au temps et donc permettre aux esprits de se calmer, de prendre la température politique auprès des grands anciens (et au passage d'avoir l'avis des socialistes et des écolos, puisque Leterme ne l'avait pas fait), de consulter l'indispensable Dehaene sans froisser personne et, enfin, de laisser le CD&V/NV-A se livrer à sa propre auscultation.

C'est l'un des acquis de la semaine écoulée : il apparaît désormais clairement que la responsabilité du blocage de la négociation est à imputer au cartel social-chrétien-nationaliste flamand et à son formateur. Quoi de plus naturel, dès lors, qu'un de ses membres prenne la responsabilité de relancer la machine à négocier.

Le Roi, cette fois, a visé haut : il a choisi un homme rompu depuis des années à chercher les compromis, à trouver les ouvertures, à réaliser les synthèses. Il a suivi les cours du meilleur atelier de plomberie institutionnelle : celui de Jean-Luc Dehaene.

Revenons-y à Dehaene et à sa note - dont on se dit décidément qu'il est suffisamment madré pour dissimuler derrière une apparente maladresse une réelle volonté de la rendre publique - qui ouvre la possibilité d'avancer. Dehaene y relève cette évidence : il est impossible de faire entrer deux litres d'eau dans une bouteille d'un litre. Autrement dit : il est impossible pour un gouvernement ne disposant que d'une majorité simple de faire un programme nécessitant une majorité des deux tiers. Il faut donc découpler l'action socio-économique du gouvernement des exigences institutionnelles. Et Dehaene de s'interroger, dans cette note, sur l'attitude de la NV-A, dans cette hypothèse.

Ainsi apparaît avec évidence le fait que son allié nationaliste tient le CD & V en otage : sans la NV-A, plus de majorité côté flamand, plus de majorité du tout même.

C'est dire que si la météo s'améliore un peu, il faudra bien du talent à Herman Van Rompuy pour quitter la zone des tempêtes. Son atout principal sera sa capacité à restaurer la confiance - si elle a existé au long de ces 80 jours - entre les "peut-être futurs partenaires". C'est peu et c'est beaucoup. Puisque c'est ce qui a manqué jusqu'ici.

29/08/2007

Les enfants de la Belgique de papa

Édito

"La Belgique de papa a vécu". La formule est de Gaston Eyskens. Elle date de 1970. La crise de l'université de Louvain vient de produire ses pleins effets : pour la première fois le fait communautaire impose de redessiner les institutions politiques.

Ce n'est qu'un début.. Egmont, Stuyvenbergh ou Fouron, par exemple, seront autant de crises qui verront grandir et s'imposer une nouvelle génération d'hommes politiques. Les Martens, Tindemans, Dehaene, Deprez, Spitaels, Gol et aussi Van den Brande - "Plus un franc flamand pour l'acier wallon" - ou les Happart - "J'ai rendez-vous avec l'histoire" - sont, d'une certaine manière les héritiers de la Belgique de papa. Une Belgique qu'ils n'auront de cesse d'adapter, de bricoler, parfois, jusqu'à imposer, dans les années 80 le concept de "fédéralisme d'union" .

Ils y croiront, tous, à cette grande réforme créant Régions et Communautés. Martens se persuadera même que cette réforme serait la dernière : "La loyauté fédérale",comme on disait alors, avait la cote.

Ces architectes institutionnels, ou plombiers, au choix selon le point de vue, avaient au moins un avantage : ils se connaissaient par-delà la frontière linguistique. Normal, ce sont eux qui ont liquidé les partis nationaux.

Une génération a passé... Les nouveaux héritiers sont arrivés.

Leterme, Peeters, Somers, De Wever sont devenus des inconnus pour les francophones. Milquet, Marcourt, Kubla et autres n'existent pas en Flandre. C'est là, sans doute, une des raisons majeures pour laquelle la "mayonnaise" a tant de mal à prendre entre les "peut-être futurs partenaires". Ils ne se connaissent pas, ou peu et en tout cas, pour l'heure, mal.

Aujourd'hui, donc, c'est la crise. C'est ainsi du moins que l'analyse le Palais royal. Albert II a choisi de dramatiser la situation en convoquant "ses" ministres d'Etat, "ses" sages, ceux qui, pour avoir pendant plus de vingt ans négocié sur le terrain communautaire, sont devenus des "experts du compromis à la belge". Seront-ils en mesure de transmettre "leurs recettes" ? Rien n'est moins sûr quand on se souvient comment, voilà moins d'un mois, le CD&V/NV-A a liquidé Jean-Luc Dehaene !

Mais ce qui importe aujourd'hui c'est que le Roi a repris la main. Il adresse, en convoquant les ministres d'Etat, un signal fort aux négociateurs actuels et les appelle à retrouver leur sang-froid ! Et, d'une certaine manière, exemples vivants à l'appui, leur dit : il n'est point de salut en dehors du dialogue.